Une petite histoire, un concours de Chinois...
J'ai commence le chinois en 2005 au lycee Zola de Rennes, qui etait un des seuls lycees a Rennes a avoir cette specialite a l'epoque. Nous etions une classe de 30 sinisants venant tous d'endroits differents autour de Rennes, separes en deux groupes avec deux professeurs : madame Pillet-Rosat, madame Gauthier. J'ai commence le chinois pour des raisons pratiques, mes parents m'encourageaient a apprendre la langue qui serait la langue du 21 siecle... Mais j'aimais deja la culture chinoise avant ca, puisque que petit j'adorais les episodes de Tintin et le Lotus Bleu et Tintin au Tibet... La charite, la politesse et la gentillesse des Chinois m'attiraient avant tout. A la maison nous buvions du the vert tous les jours, et j'enviais cette vie de raffinement et de finesse que me laissaient entrevoir les calligraphies, les jardins a la chinoise, les soieries et la porcelaine chinoises.
Mon premier cours de chinois m'a fait peur... J'ai cru que ma professeur etait en train de nous gronder ( le ton descendant du chinois est assez semblable a l'intonation de "NON !" en francais) et nous ne comprenions absolument rien a cette langue completement hermetique, ni les caracteres, ni la prononciation ne nous laissaient deviner ce que notre professeur etait en train de vouloir nous faire comprendre.
Petit a petit l'oiseau fait son nid, ou bien comme on dit en Chinois : "L'habitude devient naturel", nous avons commence a prendre les habitudes d'etudes que nous enseignaient nos professeurs : ecrire tous les jours en Chinois, parler en ecrivant, faire des autodictees, des recitations, des decompositions de caracteres, avoir un carnet de vocabulaire... Jusqu'a maintenant je continue a travailler ainsi mon Chinois.
En octobre 2006, alors que je venais de rentrer en terminale, madame Pillet comme presque chaque annee au lycee Zola, a organise un voyage en Chine, J'ai eu la chance d'etre choisi parmi ceux qui partirent en Chine. Mais avant cela, en septembre 2006 nous avions accueillis nos correspondants chinois de l'Ecole des Langues Etrangeres de Jinan (JFLS). C'etait la premiere fois que je rencontrais un Chinois en chair et en os.
Pour dire la verite, j'etais completement perdu dans mes reperes, puisqu'a cause des documentaires qui passent a la tele, les films sur la Chine qui passent en France, les expositions sur la Revolution Culturelle que nous voyons souvent dans nos musees, mes images de la Chine etaient toutes arrierees... Je m'imaginais recevoir un Coreen du nord a la maison, quelqu'un qui n'aurait jamais vu de television, de voitures, de ville occidentale, j'avais peur qu'il nous fasse une crise... Mon correspondant chinois, que je vois toujours regulierement a Jinan, est un Chinois qui au contraire de beaucoup de Chinois, aime beaucoup la viande. Le soir de son arrivee, ma mere avait fait des cotes de porc, et le voyant manger comme un affame, j'ai commence a croire a ma theorie de la Coree du nord... Le soir meme dans ma chambre, il ne m'a presque pas parle. Il s'est assis sur son lit a lire un livre d'histoire de la Chine. J'ai presque cru que c'etait pour m'eviter et donc eviter d'etre questionne par les etrangers...A ce moment-la, par politesse je suis reste dans la chambre mais je demandais si pendant une semaine nous arriverions a nous parler et a echanger vraiment...
Le lendemain, alors que nous descendions l'avenue de la gare pour aller au lycee, je lui demandais en francais :"Est-ce qu'il y a des voitures en Chine ?". Il me regarda avec un air etonne et me demanda de repeter (il croyait avoir mal entendu...) je lui repetais donc ma question... Il me regarda avec cet air enerve contre soi-meme qu'ont les chinois quand ils pensent qu'ils ne comprennent pas et se sentent nuls et me demanda : " Parle en Chinois !". Je lui posait donc ma question en Chinois et la tout fut comme un eclair ! "Bien sur qu'il y a des voitures en Chine ! Meme plus qu'en France ! Mon pere a une Buick..." Alors la j'ai commence a me poser des questions...
Mais effectivement, une fois sorti de l'avion a Pekin, j'ai compris que ce que je pensais avant etait totalement passe de mode... La Chine et la Coree du nord sont deux idees differentes... J'ai litteralement ete hape par cette modernite energie qui bouillonne partout dans la capitale... Ce premier contact avec le pays des fils du dragon m'a totalement bouleverse... Cette impression d'avoir ete completement deracine, de ne retrouver presque aucun reperes...
De retour en France, j'ai decide de partir en Chine apres mon Bac pour faire ma licence la-bas. Le lycee Zola accueille chaque annee des Chinois pour des echanges longue duree. Cette annee-la nous avions un eleve chinois en seconde, son nom francais : Claude. Surnomme "Claude le Chinois" ou " Claude l'empereur" pour les intimes... Les eleves chinois en echange longue duree peuvent habiter dans les familles francaises pour le week-end et les vacances. J'ai donc demande a madame Pillet a heberger Claude pendant la periode apres le nouvel an jusqu'aux vacances de mai. Claude a donc habite chez nous pendant trois mois et demi, il est devenu un membre de la famille, un frere chinois pour moi et ma soeur, un fils chinois pour mes parents. Claude nous a fait decouvrir le violon chinois, les dessins mangas, la cuisine chinoise, l'humour chinois, des films. Jusqu'a maintenant j'allais chez lui tous les week-ends lorsqu'il etait en Chine et nous nous revoyons chaque annee lorsqu'il rentre a Jinan. Il est actuellement a Nice pour ses etudes.
Le pere de Claude est professeur d'anglais a l'ecole normale du Shandong. Lors de mon annee de terminale, l'idee de partir en Chine a commence a germer dans ma tete et meme si au depart mes parents etaient un peu reticents pour des raisons que l'on peut comprendre : loin, culture differente, equivalence de diplome etc... mais tout le monde a finalement commencer a y croire. Claude m'a beaucoup aide pour trouver une universite puisqu'au depart je pensais aller a Shanghai. Mais le pere de Claude m'a conseille d'aller plutot dans le Shandong parce que c'est une region assez dynamique sans etre stressant comme Shanghai ou Beijing et puis parce que le Shandong est un des berceaux de la culture antique chinoise, Confucius, Mengcius, Sunzi et beaucoup d'autres grands penseurs et hommes de l'histoire chinoise sont originaires de cette region.
Une fois arrive en Chine, j'ai tout de suite commence a chercher un appartement pour habiter avec des amis chinois. J'ai vecu avec eux pendant un an parlant tous les jours chinois du soir au matin, me frottant tous les jours a la culture chinoise, essayant de m'impregner le plus possible des habitudes de vie et de pensee chinoises. Je dois dire que pour arriver a cela il faut bien plus qu'un an, puisque meme apres trois ans de chinois en France, arrive en Chine vous ne savez presque rien dire... Alors vivre a la chinoise encore moins. Mon idee etait de me jeter dans le bain sans trop y penser. Je pense qu'au bout de quatre ans, je commence a bien comprendre comment vivent les Chinois, quels sont leurs tabous, leurs modes de pensee, les codes de politesse a respecter... Mais il y a encore beaucoup a apprendre. Mais vivant dans un environnement tres chinois puisque les etrangers sont peu nombreux au Shandong j'ai fait des progres tres rapides.
J'ai fini ma licence en juillet dernier. J'ai fait l'equivalent d'une licence LLCE en Chinois en trois ans, avec cours de chinois contemporain, classique, litterature contemporaine et classique, culture et folklore chinois, rhetorique, expression ecrite, protocole, graphologie. En Chine les eleves en licence doivent ecrire un memoire pour leur diplome, le mien portait sur la pedagogie des caracteres chinois en France. Ma professeur de chinois madame Pillet-Rosat actuellement inspectrice du Chinois en France et professeure a la classe preparatoire Chateaubriand m'a transmis sa passion pour l'etude des caracteres et comme je suis particulierement interesse par l'histoire, l'archeologie et les sciences cognitives, ce sujet m'a beaucoup interesse, je pense d'ailleurs continue mes recherches sur les caracteres chinois en master.
En meme temps que ma licence, j'ai fait du theatre que l'on appelle Crosstalk en anglais, xiangsheng en chinois. Une forme tres traditionnelle d'humour chinois ou deux acteurs sont debouts sur la scene derriere une table et font rire les gens par leur dialogues. Mon professeur de theatre est membre de la troupe de l'armee de liberation et m'a permis en deux ans de monter plus d'une quinzaine de fois sur scene dont plusieurs fois a la tele lors de programme pour la fete du Printemps. Cette annee, si mon emploi du temps me le permet je commencerai a apprendre les castagnettes chinoises, un art a la fois musical et theatral puisqu'il s'agit de raconter des histoires de la litterature chinoise en s'accompagnant au rythme de castagnettes en bambou.
En cueillant les sophoras
Apres une nuit plus que courte, puisque je n'ai dormi que deux heures, je fus reveille par Leo qui avait lui-meme ete reveille par notre amie qui lui avait envoye un message. Elle et ses parents partaient de la maison pour le rendez-vous que nous nous etions fixes a six heures trente au portail d'un lycee. Nous partions pour une excursion cueillette et peche dans les montagnes du sud de Jinan.
Branle-bas de combat comme presque a chaque fois que nous avons rendez-vous avec cette amie qui sait que nous aimons dormir... Elle ne nous telephone qu'a la derniere minute, pour nous laisser juste le temps qu'il faut pour nous habiller, nous laver et les rejoindre au point de rendez-vous.
Dans un brouillard cephalique plus que brumeux, je me preparais pour une longue journee a l'air libre, loin de la pollution du centre-ville, dans un endroit ou on peut entendre des oiseaux, et prendre son temps.
Au moment meme ou nous descendons du taxi devant le portail du rendez-vous, la voiture du pere de notre amie arrive, tout etait bien calcule, enfin meme a six heures trente, ils ont ete pris dans les bouchons.
La maman nous passa les sandwichs qu'elle avait pris soin d'acheter en partant pour notre petit dejeuner et nous demarrons la journee. J'avoue que je n'avais pas les yeux en face des trous et j'avais cette impression desagreable d'avoir les paupieres gonflees et piquantes...
Nous roulames une petite heure dans l'air frais du mois de mai, plus entrames dans les montagnes et plus il faisait frais, et la ou les arbres etaient presque tous en fleurs ou bien ne l'etaient plus depuis une semaine, ici les bourgeons etaient a peine eclos. Les restaurants le long de la riviere dans la vallee bien sur vides a une heure si matinale, mais encore fumant de la soiree d'hier ou il fallut plus de quatre heures aux personnes partis en vadrouille dans les montagnes pour rentrer en ville tant les voitures etaient nombreuses.
Nous arrivames a une sorte d'ecomusee decouverte de la vie sauvage et campagnarde, une espece de parc d'arbres fruitiers au centre duquel on trouvait des jardins ouvriers, des restaurants barbecue, des parcours sportifs, un tennis, un camping et une espece de petit village vacances... Le tout au creu d'une montagne baptisee d'un nom reveur : "la montagne ou on ecoute les sources"... Entres sans payer de billet apres que le pere de notre amie ait un eu parlemente avec le gardien qui venait d'ouvrir, nous fimes un tour du proprietaire, assez glauque je dois dire, parce que vide et surtout a cause de la lueur pale du petit matin, il n'etait pas encore huit heures.
Avec notre amie, nous nous exercames sur les parcours sportifs, pont suspendus, pont de singe, rondins de bois etc, puis commencames l'ascension de la montagne, pas plus de cent metres d'altitude, mais des le matin, ca suffit pour vous donner le mal d'altitude... Tout le flanc de la montagne etait couvert de noyer, pins et autres arbres avec en grande majorite des sophoras blancs, pas encore en fleurs pour la plupart. Leo m'attrapa une branche en fleur qu'il detacha et me tendit en me disant :"tiens goute !", j'avais deja lu que les chinois aiment manger des petales de rose et que les fleurs de capucines peuvent se manger en salade, mais manger des fleurs de sophora pas encore... Je restais dubitatif et l'enjoignais a manger d'abord au cas ou... Il devora un bouquet entier en s'exclamant :"Elles sont sucrees !". Je goutais a mon tour, et c'est vrai qu'en dehors du gout d'herbe qui s'en degage, les fleurs de sophora sont tendrement sucrees.
La tante de notre amie, de la partie elle aussi, braillante comme toujours, une femme typique de Jinan, qui parle avec cet accent tordu du patois de Jinan, un peu rocailleux et severe nous faisait participer a sa chasse aux fleurs de sophora en criant sur son mari pour qu'il lui attrape la branche sur laquelle elle avait une grappe blanche ouverte... Les fleurs de sophora ressemblent a des fleurs de glycine, moins nombreuses, mais de meme taille et forme. Excitee par ses decouvertes successives et surtout excessives, elle nous expliquait comme pour justifier son affolement a chaque trouvaille que ces fleurs peuvent se faire en friture et en gateau et qu'elle avait l'intention d'en ramener suffisament pour qu'on puisse en manger ce midi et rentrer faire des gateaux chez elle.
Nous montions donc les escaliers sur la montagnes dans les chants d'oiseaux et les cris intermittents de la tante de notre amie. Je montais les escaliers en granit rose qui me firent penser au chemin des douaniers vers Perroz-Guirec, zigzaguant sur le cote de la montagne sous les sophoras devant les autres avec sa fille, peut-etre pour echapper au vacarme floriphile de sa mere... Mais contamine par son obsession pour les fleurs de sophora, nous etions tous les deux sur le qui-vive tout le long du chemin et comme presque degoutes que toutes les fleurs ouvertes se trouvassent de l'autre cote du grillage qui delimitait le chemin. Une espece de barbele tres epais qui immanquablement me fit penser au barbele qui delimite la Coree du nord...
Arrive presque au sommet de la montagne, nous fimes un arret pour attendre nos floriphiles et leurs "coolies" Leo et notre amie qui semblaient compter "sophorette" dans un tres joli pavillon avec une vue donnant sur toute la vallee et les montagnes alentours. Se poster la au frais du vent de la montagne, les apres-midi suffocants d'ete avec une tasse de the doit etre un delice.
Peu apres, sa mere est arrive, fiere de sa recolte qui ne faisait que commencer, et m'a explique encore une fois tout ce que l'on pouvait faire avec ses fleurs la... Son mari quant a lui, tres cultive et tres calme contrairement a elle me parlait de Jinan et de la preservation des sites typiques de la vieille ville. Le pere de notre amie lui, un peu goguenard, rigolait de l'obsession de sa belle soeur a chercher ce qu'on pourrait appeler son or blanc.
Apres une petite pause, nous continuames notre ascension le long du barbele, le pere de notre amie trouvait amusant d'avoir l'impression d'etre des refugies en train de chercher un passage a la frontiere. Arrive au sommet de la montagne, nous trouvames enfin une faille et nous nous faufilames entre les fils pour aller faire la cueillette des sophoras en dehors du parc. Chacun avec son petit sac plastique noire sur le bras dans les epines qui m'ont fait penser a ses couronnes que portent parfois les Christs les plus pathetiques. Avec Leo, nous nous occupions de recolter la partie en bas de la faille, et les autres s'occupaient du haut. Je sortis mon coupe-ongle porte-clef pour couper avec plus de facilite les grappes de sophora et je fis remarquer a Leo que faire la cueillette des sophoras ressemblait etrangement a la vendange du raisin.
Au bout d’un moment, peut-etre fatiguees par leur travail acharne, les deux mamans se sont muees en contremaitre, et ont commence a nous montrer ou etaient les plus jolies fleurs.
Il etait seulement neuf heures, et nous avions deja rempli quatre sac plastique de fleurs de sophora. La tante de notre amie souffla : « bon, bah on n’a pas mal travaille, heureusement parce que j’avais promis aux voisins de leur ramener des fleurs, mais si on en avait pas trouve ca aurait ete embetant... »
Bon, moi avec le pere de notre amie on etait deja loin devant quand ils etaient encore a parler des fleurs de sophora. En descendant les escaliers, je lui dis que cela faisait trois jours que nous passions nos journees a monter des montagnes... L’avant veille, une montagne a Changqing, a l’ouest de Jinan, dans le campus universitaire, la veille la montagne des Mille Bouddhas ou nous avions fait des offrandes. Le pere de notre amie me demanda alors si nous avions vu le vieux moine de la montagne. Je lui dis qu’effectivement j’en avais vu un dans la partie avec tous les temples, avec une longue barbichette comme les chevres d’alpages... Ah non ce n’etait pas lui. Celui dont il parlait etait gros et sans barbe... A ce moment-la, le pere de notre amie m’a raconte des histoires de sorcellerie, de magie un peu mystique. La Chine ce n’est pas le pays du daoisme et du bouddhisme pour rien, niveau voyante, sorcier, exorciste, divination ils sont assez bien places.
D’apres ses dires et ceux de Leo, beaucoup de moines ont des facultes un peu esoteriques qu’ils entrainent par la pratique de la meditation, du culte du Bouddha, et lorsque la science est a bout, ils se servent de ces techniques pour soigner les gens. Quand il etait petit, Leo fut effraye par un inconnu dans une ecole en ruine de son village, pendant trois semaines, il fut presque petrifie, impossible de dormir tout seul, de sortir la nuit, il avait de la fievre en permanence. Une autre fois, il fut effraye par un chat noir, et la partie gauche de son visage fut completement bloquee pendant une semaine. En Chine, ce genre de rencontre peut se relier a la vision d’un esprit frappeur ou de ce qu’ils appellent un diable, un mauvais esprit. Le seul moyen de le faire disparaitre, c’est de faire venir un sorcier, qui va faire des ceremonies, comme bruler de la fausse monnaie, dire des prieres pendant que la personne dort etc... Leo a lui ete soigne par ce que l’on appelerait une sorciere, qui lui a fait bruler du papier devant un chat de chiffon, dire des prieres, s’agenouiller devant des autels.
Le pere de notre amie m’a dit avoir assiste a un exorcisme. Dans la province du Hebei chez un ami a lui, l’epouse de celui-ci, tous les soirs a une heure donnee devenait folle et semblait pouvoir par telepathie ou par quelque autre moyen un peu mysterieux entendre ce qui se disait dans la maison de sa belle-soeur de l’autre cote du village. D’apres le recit de monsieur Liu, la femme n’etait pas tres forte, mais des qu’elle commencait a devenir folle, sa force decuplait et quatre hommes n’etaient pas de trop pour la retenir de sortir, ou casser des objets dans la maison. Elle parlait avec la voix de la personne qu’elle voyait dans son reve, c’est-a-dire sa belle-soeur. Ne sachant plus quoi faire, et peut-etre n’ayant pas les moyens de payer un psychiatre, son mari decida d’appeller des moines, des sorciers pour la faire exorciser, mais aucun n’y arriva.
Monsieur Liu fit donc venir le gros moine de la montagne des Mille Bouddhas. Le vieux moine, pas effraye le moins du monde, lui posa la main sur les yeux, et recita des prieres toute la nuit en faisant bruler de l’encens. Le lendemain, tout etait fini. Rien de tout ce qu’on voit dans les films americains ou ces ceremonies sont rendues effrayantes et sordides. Pour les moines c’est juste un probleme d’aggripement d’un esprit sur un corps qui n’est pas a lui, il faut lui permettre de partir dans l’autre monde et puis c’est tout.
Moi-meme, l’annee derniere, j’ai vecu une experience qu’en Chine on appelle « Le diable qui ecrase le corps ». Je n’ose pas dire que cette theorie est realiste, moi-meme quand je ne savais pas ce que ca representait pour les Chinois pensait que c’etait juste un probleme nerveux explicable par la science mais... Alors que je faisais la sieste, je fis un reve, dans lequel j’entrais dans ma chambre en voyant Leo faire de l’ordinateur devant la fenetre, cela paraissait extremement reel. Puis regardant par la fenetre, j’apercus un cadavre accroche sur le muret. Un peu effraye, je m’approchais de la fenetre et decouvrais que ce cadavre c’etait moi... Je me suis soudain souvenu que se voir mort dans un reve n’est pas une bonne chose, alors je commencais a vouloir me reveiller, mais j’avais l’impression d’etre parti tres loin et de mettre du temps a revenir, enfin j’ouvris les yeux, mais impossible de controler autre chose, je voulais crier, me lever, je ne pouvais que fixer le plafond, j’avais l’impression d’avoir traverse tout mon corps depuis les jambes jusqu’a la tete pour revenir et d’etre enferme dans la coque de mon corps, comme un capitaine dans un bateau qui ne peut plus le controler... Au moment ou j’ai pu rebouger, je regardais mes draps, je n’etais pas empetre dedans, je n’avais pas cette sensation de fourmillement dans les membres quand on s’est endormi sur le bras ou avec les jambes pliees, j’etais allonge sur le dos... L’apres-midi meme, j’ai raconte cette histoire a Leo et notre amie coreenne, ils etaient tous les deux apeures... Je ne comprenais pas pourquoi, ce qui m’avait fait peur c’etait juste le fait de m’etre vu mort et d’avoir eu cette sensation de partir. Eux ils m’ont explique qu’en Asie ce phenomene s’appelle avoir le corps ecrase par un diable, c’est quand on est tres fatigue, tres faible que cela arrive, les diables profitent de l’occasion pour faire je ne sais quoi avec notre corps... Enfin moi j’ai vraiment eu l’impression d’y passer...
Crise du sel
"Le 17 mars a l'apres-midi, le comite du devellopement envoie un communique concernant la rumeur selon laquelle le nuage radioactif arriverait sur la Chine. Selon cette rumeur, le meilleur moyen de se protegerserait d'acheter du sel de cuisine, l'iode contenue a l'interieur permettant de se proteger des radiations.
La personne a l'origine de cette rumeur est actuellement recherchee car la rumeur a entraine la ruee des Chinois dans les supermarches, les stocks de sel des grandes surfaces sont epuises ce qui entraine bien evidemment la hausse du prix au kilo.
Le gouvernement rassure la population en demontrant que le taux de radioactivite dans la majorite des villes chinoises est normal et informe que le sel de cuisine n'est en aucun cas efficace contre ce genre de radiations.
Ce genre de rumeur, trop courantes en Chine ne font qu'inquieter la population et creer des desequilibres du marche economique du pays. Le comite de developpement fera tout son possible pour pourchasser la personne creatrice de cet affolement et punir en consequence !"
Depuis vendredi de la semaine derniere, jour du terrible tremblement de terre qui a frappe le Japon, les nouvelles de la catastrophe affluent en Chine, meme si les nouvelles televisees mettent plutot l'accent sur la grande reunion des representants du peuple a Pekin. Devant ce manque d'information peut-etre, quelques personnes mal intentionnees ou bien avec un cerveau commercant trop devellope ( les deux sont-ils separables ?) ont commence a envoye des "sms rumeur".
Le "smsrumeur" est une partie de la vie telephonique chinoise. Depuis que j'habite ici, j'en ai recu au moins trois... Le premier concernant des empoisonnements de Chinois par des Ouigours vendant des brochettes de mouton. Pendant presque deux mois, personne n'osait manger de brochettes... Puis les nouilles "plastiques" du Yunnan : des nouilles de riz dans lesquelles on ajouterait des poudres de plastique pour les rendre plus "elastiques"...(bien que dans le Guinness des records il y ait des gens qui mangent des tanks ou des clous, des cheveux, ce n'est pas une majorite...) et la derniere: "l'huile d'egout", une sorte d'huile recuperee dans les caniveaux a la surface des eaux usees pour faire des fritures... Voila !
Ce genre de rumeur entraine toujours une sorte d'affolement de la population et se repand a une vitesse fulgurante, la population chinoise etant nombreuse, la dispersion de rumeur fait son effet tres tres vite... La reaction de la population chinoise est extremement previsible, et au debut de la rumeur elle est souvent tres unifiee... ( mais n'est ce pas la meme chose en France avec les restaurants chinois ou les jouets chinois qui ne seraient en fait que des "actions commerciales" des restaurants francais ou des usines de jouet europeenne qui ne veulent pas se faire bouffer ? ceci n'est qu'une hypothese...) Peut-etre parce que la majorite des gens manque de recul par rapport aux informations et que le bouche a oreille fonctionne trop bien ici... On pourrait appeler ca "le telephone chinois"...
En premier temps, les nouvelles de cette catastrophe n'ont pas tellement emu les Chinois. La relation des Chinois et des Japonais n'etant pas tres bonne, certains semblaient presque contents que ca leur arrive... Une partie de la population sur internet a meme laisse des commentaires en dessous des images de tsunami disant :" Bien fait, voila ce qui arrive quand on est pas honnete." ou bien " Juste 8.3, c'est pas assez pour eux, faudrait du 11 au moins !" ,"et hop du balai l'Japon !". Bien sur ce n'est pas toute la population qui pense comme ca, une autre partie de la population regarde cet evenement de facon objective et certaines personnes se motivent meme pour envoyer de l'aide humanitaire et des secours la-bas, mais la premiere reactionde la majorite est toujours : "bien fait ! voila, tu as eu ce que tu meritais !"
Depuis la tele Phenix de Hong-kong Taiwan, j'ai suivi les informations presque en direct ( pas de decalage horaire), les explosions successives de la centrale, les explications d'un specialiste taiwanais qui melangeait chinois et anglais ce qui a fait que je n'ai rien compris a ces paroles. Puis je verifiais quand meme les informations sur les sites internet et suisses. Parce qu'avec cet histoire de nuage sans visa d'entree de 1986 j'ai un peu de mal a faire confiance aux medias francais parfois...
Puis apres avoir obtenu les informations sur l'evolution de la centrale, je regardais la meteo pour savoir le sens du vent. Depuis une semaine dans le Shandong nous n'avons que du vent d'ouest ou sud, le ciel est bleu, il fait chaud. En general lorsque le vent vient du nord ou de l'est ca caille... On pourrait presque dire qu'on a de la chance ici que ce tremblement de terre se soit passe au printemps. Les vents du Japon partent vers le Pacifique avant de faire des ronds et remonter par l'Indonesie et le sud de la Chine...
Mardi dernier, j'ai recu un SMS non officiel m'avertissant que le nuage arrivait sur la Chine et qu'il fallait prendre ses precautions. Aucune autre information precise. Preferant ne pas prendre de risques et pensant a mes amis, je leur ai envoye le message egalement. J'avais regarde l'annee derniere regarde quelques documentaires sur Chernobyl et j'en ai tire quelques lecons. Mais a ce moment, je n'etais pas sur de cette information et aucun communique du gouvernement ni de l'ambassade n'indiquait que le nuage allait venir sur la Chine.
Puis petit a petit, le vent a pris de l'ampleur, et tout le monde a commence a parler de ce nuage radioactif, l'inquietude a commence a monter manquant d'informations et poussee par l'esprit precautionneux des Chinois. Hier,entendant les nouvelles des gens s'arrachant le sel dans les supermarches, je commencais dejaa penser que c'etait une rumeur, la majorite des gens commenca a penser comme je le faisais le mardi...
Pour une fois, devant l'ampleur de l'affolement et l'ignorance de la population, le gouvernement a fait un communique clair et simple, dans la journee meme, interdisant de faire augmenter le prix du sel ( economie communiste et capitaliste ca empeche les marchands de faire ce qu'ils veulent...) et d'arreter de faire passer ces sms ou autres nouvelles sur les sites internet tels que Facebook,blogs ou autres Youtube... Puis avec une carte meteorologique a l'appui, ils ont communique un releve de radioactivite dans les capitales de provinces, et devinez quoi ? Jinan est au plus bas... ( non, les radiations...)
L'oeil sur le dessin du dragon (ce qui veut dire la cerise sur le gateau) : une de mes eleves qui lisait un sms qu'elle venait de recevoir a ses camarades :"En fait le tremblement de terre, c'etait pas un tremblement de terre, mais une explosion de bombe nucleaire sous-marine, les Japonais font des tests pour creer une bombe atomique !" Je ne savais plus si je devais rire ou pleurer...
Nouvelles du printemps
J'ecoute la fete du printemps a travers les fenetres.
Ce matin, c’est le jour de l’an, presque par hasard, je me suis reveille a cinq heures, alors que le lampadaire de la rue d’en face etait encore allume, puis soudain comme par un coup de magie, il s’est eteint et est entre en scene l’aube blafarde de la campagne...
Dans la chambre d’a cote, j’ai entendu ma tante se lever, pour aller tisonner le poele et pisser dans le pot de chambre commun que nous nous echangeons d’une chambre a l’autre par la porte communiquante...
La lumiere est restee allumee longtemps, alors je me suis decide a sortir du lit pour emprunter moi aussi le pot de chambre et me depecher de faire ce que j’avais a faire et retourner au lit. J’ai ouvert la porte sur un paysage simplet et chaleureux. Au fond de la chambre, mon oncle sur le lit, ronflant comme un sonneur pendant que ma tante a demi-accroupi sur une espece de strapontin faisait des raviolis sur la petite table qui nous sert de table a manger.
J’empruntais le pot sans bruit, puis dans la glauque lueur du jour naissant un bruit de cascade s’est fait entendre, faisant retourner mon frere dans le lit...
Je remis le pot en place, puis je me faufilais vite dans les draps pour echapper au glacis du matin... Le poele venait juste d’etre remis en route.
A six heures et demi, alors que j’etais en plein en train de faire un reve, ma tante ouvrit notre porte avec grand bruit alors que mon oncle tissonnait le poele dans la piece d’a-cote pour faire resonner les tuyaux du chauffage de notre chambre.... Au dehors, on aurait dit la guerre, une salve incessante de petard et de feux d’artifices presque invisibles a cause de la lumiere de l’aurore.
Alors que je m’appretais a me lever, comme chaque annee a la meme heure, au moment meme ou le soleil sort de la terre, mon oncle alluma une liane de petards sur le fil a linge dans la cour... Maintenant habitue a ce bruit, ca ne me fait plus sursauter, mais c’est tellement bruyant que je suis souvent un peu choque par tout ce remue-menage.
Au moment ou les petards sont tous exploses et qu’il n’en reste plus que les cotillons eparpilles en lambeaux, mon oncle met les offrandes pour les ancetres et la nouvelle annee sur un petit plateau devant la porte d’entree au milieu de la cour. Hier ils etaient deja tous alles au cimetiere faire des offrandes, emportant des pommes, des biscuits, de l’alcool, du coca, des cigarettes et de l’encens. Si on ne sait pas ce qu’ils sont en train de faire, on dirait qu’ils jouent a la dinette...
Par la fenetre, on dirait qu'il neige, les cendres volantes des feuilles d'offrande flottent dans l'air tels des flocons...
Une fois leve, avec mon frere nous refimes le lit puis allames nous debarbouiller. Mon grand-frere se lava les cheveux, la figure puis les dents puis m’enjoigna de manger avant eux parce qu’ils allaient partir pour la tournee familiale. Une tradition chinoise a laquelle on me fait echapper parce que sinon dans le village se serait le cirque... En temps normal, tout le monde se retourne sur ma route ici, alors le jour de l’an, lorsque tout le monde est sur la rue pour aller feter la nouvelle annee aux parents et amis, je ne pourrais pas faire autre chose que le singe.
Depuis la grande piece, je peux entendre et imaginer le va et vient des gens dans les rues par dela la grande porte.
Une fois Leo et ses parents partis, je commencais donc a me preparer, puis une fois lave habille, je remis un peu de charbon dans le poele et commencais a faire le menage pour leur retour. Une fois le menage fini, je m’apercus que le poele etait presque eteint, pensant bien faire, je remis du charbon dedans et je tissonnais comme un bagnard pour le faire repartir, du coup, le couvercle du poele etant enleve, toute la fumee s’enfuit par le haut et commenca a emplir la piece... Courant a ma perte, j’ouvris la porte de la chambre pour evacuer la fumee mais le poele ne reprenait toujours pas. Apres avoir joue au soufflet avec le battant de la porte, je retournais au coin du poele, et je l’observais sous tous les angles, tel un ennemi que l’on s’apprete a vaincre, je cherchais surtout l’arrivee d’air pour lui envoyer un bon coup d’oxygene et faire reprendre le feu.
Alors que j’etais en train de mouliner avec une serviette dans la chambre pour faire sortir la fumee, quelqu’un frappa a la grande porte de la cour... Je pensais : « pourvu que ce ne soit pas les voisins alertes par la fumee qui sort de la porte d’entree qui viennent pour aider a eteindre l’incendie... » heureusement non, c’etait juste la tante de Leo qui venait pour feter la nouvelle annee, « elle repassera » pensais-je...
Peu apres mes deboires avec l’animal, je reussi enfin a lui faire reprendre flamme en ouvrant le petit clapet en bas et en jetant des bout d’epis de mais sec par le haut du tube... Presque au meme moment, Leo et sa mere ouvraient la grande porte. Ma tante, voyant la fumee sortir par la porte d’entree se mit a rire en voyant ma tete : « avec le poele, c’est pas encore ca on dirait... »
Poursuite de l'excursion a Hangzhou
Apres une bonne nuit de sommeil, envellopee de senteurs et de chaleur printanieres, je fus reveille par le soleil qui traversait les rideaux blancs de ma chambre. Je m'entendais de toute mon envergure sur le lit deux places ou je dormais seul pour prendre toute possession de cette nouvelle liberte qui m'etait donne pour quatre jours. Aucun manque, aucun besoin d'etre accompagne, juste cette joie d'etre tranquille et libre. Ces annees loin de mon pays, de mes racines m'ont appris a apprecier la liberte d'etre sans attaches, sans reperes, d'etre laisse a soi-meme.
D'apres la lumiere blanche et vaporeuse qui glissait des rideaux, et les rires de femmes qui lavais le linge a la fraiche en dessous de l'hotel, je devinais qu'il faisait beau dehors et que cette journee serait tres agreable. Apres m'etre leve et habille, j'ouvris les volets de la fenetre donnant sur les montagnes et je fus emerveille par tant de verdure... Le Shandong est une province tres rude, tres seche, la seule vegetation qui pousse sur les montagnes de Jinan sont les cypres, l'ete c'est toujours la canicule et comme il pleut uniquement par orages intenses, on se croirait en Provence. A Hangzhou il faisait chaud, mais l'air etait respirable au moins, on sentait une fraicheur profonde dans le vent qui soufflait legerement a travers la fenetre.
Je decidais d'une journee de ballade autour du lac sans objectif autre que celui de me faire plaisir. Une journee seule, consacree a mes envies, a mon egoisme de voyageur solitaire. Pas de plan, pas de preparation, juste marcher autour du lac jusqu'a ce que j'en ai marre, qu'en j'en ai vu assez. Je partis donc a pied le long de la route par laquelle le taxi m'avait amene la veille et je me sentais comme submerge par la verdure. De chaque cote de la route les coteaux etaient couverts d'une espece de foret vierge comme je n'en avais jamais vu avant... Je me rappellais les plantes des magasins de jardinage en France, les ficus, les palmiers, les bananiers, ils etaient ici grandeur nature, libres de pousser a leur guise. Dans les ruisseaux coulant le long de la route baignaient des iris, les pieds au frais. Je remarquais que les gens sortis pour se promener etaient etrangement differents des gens du Shandong. Ils paraissaient plus lents, plus calmes, plus a meme de savourer ce temps.
Arrive pres du lac, je fis un detour par un jardin parcouru par un ponton en bois qui me fit etrangement penser a un serpent, ou a un dragon. Apres avoir marche sur le ponton sous l’ombre des arbres et a la fraicheur de l’eau qui des ruisseaux qui serpentaient entre les petits ilots de verdures le long du chemin, j'enlevais mes chaussures de toile pour marcher lentement sur les petits galets ronds entre les rocailles. Enfin, apres etre passe par une bambouseraie, j'arrivais pres de la digue de Su. Cette fameuse digue qui date de 1200 a
Peu apres, j’arrivais sur la rive nord du lac. La se trouve une montagne qui forme une ile. Je marchais sur le quai borde de platanes jusqu’a l’entree du musee des sceaux. Les fenetres sculptes un peu comme des rosaces dans les murs m’attiraient. A travers elle je pouvais entrevoir un monde raffine et lent, des gens assis sur des chaises de rotin autour d’une table a boire du the en jouant au Majong, derriere eux, sur les parois blanches du parc, des steles gravees de calligraphies auxquelles je ne comprenais rien que l’aspect esthetique... Je passais le long des murs respectueusement comme on passerait devant des tableaux dans un musee, puis je montais peu a peu les marches sur le flanc de la montagne. Au fur et mesure que j’escaladais sous les branches droites et fraiches des bambous, je pouvais apercevoir en me retournant la surface picotee de petits points couleur ciel nuage du lac avec au loin la lourde pagode de Leifeng se dressant devant un ecran de verdure montagneux.
Arrive sur une plateforme qui devait pensais-je etre le sommet de la montagne, je me trouvais face a une grande calligraphie gravee directement dans le rocher de la montagne au dessus d’un bassin vert dans lequel allaient et venaient des petits poissons rouges. A droite, comme un paratonnerre ou un contrepoids se dressait une stuppa en granit toute verte de mousse. Sur la plateforme se trouvait des tables en pierre agrementees de sieges en forme de tambour. Un groupe de personnes s’y installa pour manger le pique-nique, ce qui m’etonna beaucoup n’ayant jamais vu de Chinois manger de pique-nique avant... Puis ils sortirent des thermos a eau chaude et des verres, l’un deux sortit une boite de the et je devinais que c’etait du The du Puit du Dragon, le the de Hangzhou. Lorsque je me preparais a continuer a explorer la montagne, je fus pris d’un fou rire a la vue d’une statue d’un vieux bonhomme assis dans les bambous. Il se tenait assis dans la mousse et les branches avec un sourire si goguenard que je n’ai pas pu m’empecher de rire en le voyant... Derriere la statue se trouvait un pavillon en pierre dans lequel etait enfermee des steles de l’epoque Han. Plus tard, je me rendis compte que toute la montagne etait couverte de gravures et inscriptions calligraphiees plus ou moins estompees par les ages. Je vis de tres beaux caracteres, comme celui des sources 泉 peint en bleu pour le rendre encore plus vivant peut-etre.
Un peu plus en bas de la montagne, je visitais un pavillon musee dans lequel etait expose quelques un des sceaux les plus importants de la collection de la societe des Sceaux et j’appris que l’art du sceau est finalement peut-etre plus ancien encore que la calligraphie elle-meme puisque les caracteres etaient sculptes sur des carapaces de tortue avant d’etre peint au pinceau sur des lamelles de bambous. ]
Apres cette visite tres erudisante, je decidais d’aller me remplir l’estomac. Je redescendis donc de la montagne pour aller chercher un restaurant. Apres avoir mange je retournais sur l’ile puis je marchais un peu pour digerer. Apres avoir fait presque le demi-tour de l’ile, je fis une halte sur une pelouse au soleil pour faire la sieste. A cote de moi un pere et sa fille jouait au cerf-volant. Je pris ma carte du lac et la mis sous mes epaules pour me proteger des eventuels bestioles qui sortent du sol lorsqu’il est humide et dont j’ai horreur : les vers de terre... Apres une bonne heure de sieste a l’ombre de ses plantes aux feuilles qui ressemblent a des pieds de dinosaure, je me remis en marche pour continuer mon tour du lac.
Me trouvant justement sur la route qui y menait, je fis un petit detour par le musee de la province du Zhejiang. Je visitais le pavillon central, retracait l’histoire du pays antique de Yue 越, un des sept hegemons de la periode des Royaumes Combattants. D’apres les historiens le pays de Yue etait un pays tres riche et tres en avance militairement et economiquement par rapport aux autres royaumes de l’epoque. Depuis la prehistoire, la province du Zhejiang est tres riche, les outils et le mode d’habitation des hommes prehistoriques le montrent bien. Ils vivaient dans d’especes de huttes sur pilotis faites de bambous et de cordages. La culture prehistorique du Zhejiang est representee par la culture Liangzhu et Hemudu. Les objets de ces deux cultures sont tous d’une finesse et d’une dexterite assez incroyable. Je ne suis d’habitude pas tres sensible a la culture prehistorique, mais la je dois avouer que j’ai ete impressionne.
La partie historique qui m’a le plus impressionne est la partie sur le pays de Yue. Le musee du Zhejiang possede une collection d’armes datant de 400 avant Jesus-Christ dont une epee en bronze aussi brillante que neuve... Le pays ennemi de Yue etait le pays de Wu localise pres de Suzhou. Pendant pres de cent ans ils se firent la guerre. A la fin de la periode des royaumes combattants, le pays de Yue fut vaincu a maintes reprises. Il en reste une histoire qui a donne un proverbe : dormir sur la paille et lecher de la bile.
Le roi de Yue, Goujian vaincu le Roi de Wu , Gelu et le blessa mortellement lors de la bataille. Son successeur Fuchai vaincu Goujian quelques annees plus tard et menacant de reduire le pays de Yue a neant Goujian offrit des presents a un ministre de Fuchai pour que celui-ci accepte de le faire prisonnier en echange d’un traite de paix. Fuchai voyant la un moyen d’humilier Goujian accepta et lui ordonna de se rendre lui-meme au pays de Wu. Goujian se rendit donc au pays de Wu ou protege par le ministre de Fuchai il fut traite en esclave pendant deux ans. Il dormit sur la paille et fit toutes sortes de taches ingrates pour eviter a son pays de se faire exterminer. Au bout de deux ans de labeur et d’humiliation, le roi de Wu le libera. Goujian a son retour du pays de Wu se jura de se venger un jour et pour ne pas oublier cette honte il s’astreignit a continuer a dormir sur la paille et a lecher a chaque repas un peu de bile. Apres son retour, Goujian pris soin de connaitre la vie de son peuple, d’etre proche des pauvres et de rendre le pays plus fort et plus riche pour eviter de subir a nouveau des humiliations. A la fin de la periode des Royaumes Combattants, le royaume de Yue fut vaincu par le royaume de Chu et ne revit jamais le jour.
Apres ma visite du musee, je retournais sur la montagne pour me promener a l’ombre et surtout a l’ecart de la foule que je trouvais de plus en plus en nombreuse sur le bord du lac. J’etais au calme parmi les palmiers et les camphriers. Lorsque j’arrivais au bout de la crete de la montagne, je me trouvais en face du pont de la digue de Bai. Une digue construite par Baijuyi, un autre poete ministre de l’epoque Tang cette fois. A croire que les hommes politiques chinois n’avaient pas autre chose a faire que construire des digues a Hangzhou...
Comme nous etions le jour de la fete de la Clarte
A partir de la digue de Bai jusqu’au deux-tiers de la rive est, je n’ai fait que marcher a travers la foule, regardant les gens se promener sous leur ombrelle, faire la sieste sur les pelouses d’un restaurant. Vers la moitie de la promenade, je m’arretais pour me reposer les pieds dans un parc ou des gens s’etaient reunis pour chanter de l’opera traditionnel de la region : l’opera de Yue. Bien que je ne comprenais rien, je restais assis la pendant une demie-heure a ecouter ces amateurs chanter toutes sortes d’airs accompagnes par un petit orchestre d’instruments traditionnels. Une dame assise a cote de moi m’expliqua que meme les Chinois des provinces exterieures ne comprenaient pas la langue de Yue, c’est un dialecte tres different du mandarin. Il devait etre vers cinq heures de l’apres-midi et le soleil commencait a descendre sur les montagnes en face. Les fontaines un peu plus loin se mirent en marche, un attroupement se forma sur le quai pour regarder les jets d’eaux voler dans l’air au son de la musique. Je decidais de suivre ma marche vers le sud du lac par le parc le long du quai. Je passais par un parc d’une ancienne villa, puis je remontais vers l’avenue parallele au quai pour prendre un taxi et rentrer a l’hotel changer de chambre et manger un peu.
Une fois demenage, et l’estomac rempli, apres m’etre repose de ma promenade, je repris le bus tard pour aller au bord du lac me promener dans la nuit sous les saules. Le long du quai etait eclaire par des lampadaires en forme de lanterne a la lueur blafarde, sur le lac voguaient encore quelques barques avec des amoureux a leur bord, on en entendant que le glissement aquatique de l’unique rame a l’arriere du bateau dans l’encre du lac. A cet endroit, le quai etait pave de galets, et j’enlevais mes chaussures pour me masser les pieds sur les « oeufs d’oies » recouverts de rosee nocturne. Je marchais ainsi sans autre but que marcher pendant une demie heure, la tete dans le vent noir du bord du lac, les pieds sur des vaguellettes de pierre. Puis, quand je n’ai plus senti mes pieds, j’ai ramasse un galet dans une platebande. A chaque fois que je vais quelque part, je ramene un galet a Leo, c’est un peu un rite de voyage... Ca coute moins cher et est surtout c’est plus original que les babioles pour touriste...
Le parc ou je me promenais devenait de plus en plus silencieux et de plus en plus desert, peu a peu, la ville qui semblait comme une maree humaine le jour, devenait une mer d’huile la nuit. Je pris un taxi pour retourner a l’hotel, et je me souviens regarder la voute de platanes comme une voute de cave illumine par des torches, les montagnes de Hangzhou en paravent devant la soie blafarde de la Lune.
Voguer au pays de la bicyclette.
L'autre jour, j'ai decide d'etre "protecteur de l'environnement" profitant du soleil et de l'air encore estival de cette fin d'octobre, j'ai decide d'aller a la banque en velo. La banque est a peu pres a quatre kilometres de chez moi, mais ca ne me fait pas peur ! J'ai donc enfourche mon vieux velo chinois, date au carbone 14 des annees 70 ( le velo typique communiste qui a fait la renommee de la Chine comme etant le pays de la bicyclette c'etait l'equivalent d'une Audi actuelle...)
En fait un velo de ville modele annees 40, comme on n'en trouve plus qu'en Suisse et en Hollande. Ces velos appeles "phenix de Shanghai" ou bien "gros ane dore" coutaient extremement chers en tickets de rationnement et seuls les professeurs et autres cadres pouvaient s'en offrir, c'etait le moyen de locomotion de l'elite, il fallait a peu pres un an de salaire pour pouvoir "l'echanger", pays communiste oblige.
Je l'ai achete 120 yuans au marche a velos de Jinan en 2008, puis j'ai du change les pedales, la selle, les pneux et les chambres a air parce que le marchand de velo qui est un escroc avait mis que des vieilles pieces dessus et que tout se cassait au fur et a mesure que je l'utilisais.
Ce genre de vieux velo dans un bon etat c'est assez rare, ils sont maintenant recycles ou bien servent aux vendeurs ambulants pour porter leurs marchandises parce qu'ils sont extremement solides et surtout tres hauts, ce qui permet de mettre beaucoup de choses dessus et de pedaler sans trop se fatiguer. Pour ma part, comme les velos chinois sont generalement trop bas et de mauvaise qualite, ca me permet de pedaler a ma hauteur, et d'etre sur de ne pas etre vole...
Les rues chinoises sont encombrees de voitures, bus, motos, tricycles, pietons et autres voitures a ane parfois, ce qui fait que les bouchons deviennent une maladie congestionnelle dans ces villes tentaculaires aux rues etroites. Les velos deviennent de plus en plus rare, et ma conception tres occidentale de la circulation etonne et interesse de plus en plus mes amis chinois : le velo c'est pas polluant, ca ne fait pas de bruit, ca fait faire du sport et en plus ca permet d'aller plus vite que le bus pour des petits trajets dans certains cas...
On le sait, les Chinois ne respectent pas le code de la route. Si si, il en existe un, exactement les memes regles qu'en France, mais comme beaucoup de choses en Chine, c'est officieusement que ca se passe et les regles sont a apprendre en pratique, l'esprit en est : on passe quand ca casse pas et on avance dans le flux sans faire d'acoups, on facilite les autres pour se faciliter, on sait ou on va. Les voitures n'existent en Chine que depuis trente ans, d'ou l'amateurisme de certains conducteurs... Il faut s'habituer, comprendre et apprendre comment se faufiler dans ces flots de circulation.
Aux feux rouges, tu n'es pas oblige de t'arreter, du moment qu'il n'y a personne tu passes avec les autres dans le flux, protege par la masse, meme si le monsieur avec un sifflet s'enerve et jubile sur le bord du passage pieton avec son petit drapeau jaune... En traversant, il faut regarder a droite, a gauche, devant, derriere, c'est une attention de tous les instants. Vous me direz, autant attendre que ce soit vert pour les pietons... non non c'est pareillement dangereux parce que les voitures ne laissent pas passer les pietons et encore moins les velos.
On traverse en diagonale derriere les voitures qui tournent a gauche ou a droite pour etre sur de ne pas etre shoote par les voitures traversant le carrefour. Intelligence du "planque".
Quand tu doubles un pieton sur un trottoir ( cas d'embouteillage sur la piste cyclable : le matin et le soir )ou un autre velo, tu le dring! un coup pour l'avertir, ce qu'on pourrait comprendre comme " degage " en France est en fait un avertissement pour que la personne devant ne fasse pas de geste brusque a notre passage. Donc on fait quand meme attention aux autres quand on fait du velo en Chine. Lorsque tu t'appretes a frayer son passage dans un groupe de personnes qui traverse un passage pieton, tu sonnes frenetiquement et la ca veut dire "degagez!".
Lorsque tu doubles quelqu'un qui s'apprete a traverser la rue, tu passes derriere pour eviter qu'elle se jette sous tes roues. On anticipe le mouvement de l'autre.
Sur les pistes cyclables, il y a de tout, et meme parfois des voitures, alors il faut etre tres attentif a ou tu roules et qui tu vas peut-etre croiser, les sorties de parkings et autres ruelles sont des carrefours tres critiques ou il faut absolument s'ecarter pour eviter de se frotter aux vehicules qui en sortent... On peut prendre les pistes cyclables dans n'importe quel sens du moment qu'on n'empeche pas les autres d'avancer. On s'adapte a la situation, c'est tres chinois... Les gens ne te feront pas les gros yeux, ni ne grommeleront.
Lorsque tu croises quelqu'un et qu'elle hesite a ou passer, tu chopes son regard et tu descends tes yeux sur la route que tu vises et a peu pres a chaque fois, la personne en face ne change pas de trajectoire.
Enfin, arrive a la banque, je roule sur le trottoir jusqu'au garage a velo, je pose mon velo au ratelier, je pose le cadenas dans la roue arriere sans le verrouiller (ce genre de velo ca ne se vole pas) je donne un centime a la dame charge de le surveiller et je vais faire mes affaires.
croisiere dans les Trois Gorges mai 2008 cinquieme jour
Le soir, je suis monte dans mon train pour Jinan. Chongqing est situe a l’ouest de la Chine juste a l’entree du Sichuan. Cette region n’est pas riche, les gens pauvres sont nombreux et les etrangers tres rares. Je fus donc devisage dans le train des mon entree dans le wagon. Surtout parce que je partageais ma banquette avec quatre mingongs : des travailleurs de la campagne. Je posais mon dictionnaire sur la tablette ce qui signifie “je sais parler chinois attention !” et mes graines de tournesol, mon verre thermos rempli de the… Le wagon est comme une grande piece a vivre en Chine. Un voyage de trente heures ne peut pas se passer dans le silence comme dans un TGV francais… ce serait psychologiquement insoutenable et malsain… Les gens jouent aux cartes aux echecs et comme lors du voyage de depart, je discute avec des gens pour passer le temps. A ma droite est assis un jeune, nous avons le meme age, mais pas la meme nationalite ni la meme vie. Moi je suis Francais, etudiant international, lui Chinois, ouvrier en batiment. Mais il ne le dira pas de sa propre bouche. En face ce doit etre son cousin et a cote de celui-ci un homme du village qui les emmene eux et quelques autres travailler dans les grandes villes.
Notre train prend la direction du nord et j’en deduis que demain nous ferons une halte a Xian. Les voyageurs sont pour la plupart des gens de la campagne et ils crachent sur le sol du train comme ils le feraient sur le sol de leur cour chez eux. Le serveur du wagon passe la serpilliere toutes les heures pour essuyer les crachats. Le soir notre monsieur de la campagne ne supportant plus la durete de la banquette se glissera dessous pour dormir sur mon sac de vivres. J’entendrais un horrible raclement de gorge et le lendemain matin apres qu’il ait quitte le wagon decouvrirai ce que je n’ai pas besoin de vous decrire…
La nuit fut courte et inconfortable sur cette banquette ou nous etions quatre au lieu de trois… J’ai dormi les pieds recroquevilles sur la banquette la tete dans les epaules, mon voisin s’est affale sur mon epaule droite… les lumieres restent allumees toute la nuit pour prevenir les eventuels voleurs et permettent aux personnes qui descendent en route de descendre sans se prendre les pieds dans les gens etendus dans le couloir.
Au lever du jour notre train roulait entre deux montagnes et peu de temps apres il entra dans la plaine de Xian. Vaste etendue herbeuse couverte de brume blanche entre les montagnes. Sur le bord de la voie etaient regroupes de petits villages dont les maisons si proches les unes des autres semblent se tenir chaud pendant la nuit comme nous dans le train. Le train s’arrete en gare de Xian et nos ouvriers descendent charges comme des mules avec des ballots.
Le reste du voyage nous fera voir les maison troglodytes de Luoyang, l’ancienne capitale Kaifeng. C’est un de ces voyages qui ne se comptent pas en kilometres mais en temps entre les villes-etapes. J’ai eu peur en voyant un train venant d’Urumqi rempli de ouigours qui venaient de faire certainement plus de quatre jours de train dans des conditions pires que les notres. Leur train etait vert, les plus anciens trains chinois, les plus vetustes, sans climatisation ni chauffage, ceux dont le samovar est encore chauffe au charbon… Nous avons meme croise une enorme locomotive a vapeur sur la voie de Luoyang a Kaifeng. Notre passage a Zhengzhou dans le Henan nous indiqua qu’il ne restait que deux heures de voyage avant Jinan. J’ecoutais tout mon repertoire du MP3 pour tuer les kilometres tellement les paysages apres Kaifeng sont monotones. Mais j’ai quand meme trouve interessant de voir la recolte de l’ail au bord de la voie par les paysans qui levaient le nez pour voir defiler le convoi de notre train.
A la nuit tombee il ne restait plus beaucoup de passagers dans le wagon et j’entamais la discussion avec un entrepreneur immobilier du Sichuan se rendant a Qingdao au bord de la mer pour voir un ouvrage de son entreprise. Il repartait dans la direction inverse le lendemain soir. Nous apprenons que le train arrivera avec deux heures de retard a Jinan. Les derniers kilometres sont ponctues des indications des voyageurs de la banquette d’en face qui scrutent les gares. Taian, plus qu’une heure ! On sent comme une sorte d’excitation parmi les derniers voyageurs… Une dame est furieuse d’avoir rate son rapide pour Pekin. D’autres s’inquietent d’ou dormir. Moi je pense a rentrer a l’appartement ou demain matin je reverrai Wang Chen, Marie et Jeanne. Demain je n’irai pas en cours, mais j’irai voir Marie pour lui raconter mon periple dans les Trois Gorges c’est sur…
croisiere dans les Trois Gorges mai 2008 quatrieme jour
Le midi je vais manger dans une gargotte derriere la pension, passe quelques coups de fil a l’universite et a la creche ou je travaillais pour les prevenir de mon retour.
Je rentre a l’hotel pour me reposer mais la tenanciere tient a me faire manger encore une fois a leur table un poisson au piment qu’elle a fait elle-meme pour me faire le plein du retour dans le Shandong. Ce serait malpoli de refuser. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’on peut gouter un vrai shuizhuyu fait par une sichuanaise… Dans le hall de la pension eclaire par un long neon blafard il y a la moto du mari, l’ordinateur, les machines a laver et la table ou sont la tenanciere, son mari, leur fils, un hote du Jiangsu et du Shandong. Ca discute Chine, difference entre regions et pas besoin de le dire implicitement on se rend compte des caracteres…Le Shandong qui parle fort et est un peu maladroit, le Jiangsu, plus modere, police, commercant aussi, sait dire ce qu’il faut quand il faut, le Sichuanais semblable a un petit oiseau chinois, tout maigre et tout petit qui ricane et est tres vif comme du piment qu’il mange tous les jours…
Je surfe un peu sur internet apres le repas puis je sors acheter de quoi survivre pendant trente heures de train. Je vais sur la place de la gare ou je rencontre la tenanciere avec qui je rediscute apres avoir achete le journal. Nous nous asseyons sur le rebord d’un parterre de fleurs sur lequel des dizaines de gens attendent pour leur train. La tenanciere veut savoir ce que je compte faire en Chine et comment c’est la France. Par derriere c’est glisse un petit garcon aux ongles noirs et qui se tient accroupi silencieux. Il nous interromp tout a coup, recoit un regard noir de la tenanciere. Mais il continue a poser des questions : “Tu sais parler notre langue, mais t’es pas Chinois ?”
-je l’apprend…
-ouah tu parles bien quand meme, et ca tu sais lire ?
-oui normalement... ca veut dire l’equipe de basket de Chongqing gagne contre celle de Xian…
-ok … tu viens d’ou exactement ?
-il vient de France”coupe la tenanciere.
-connais pas…t’as de la monnaie du peuple de France ?
-euh non et d’abord chez nous ca s’appelle l’Euro.
-c’est comment ?
-y’a des billets et des pieces…
-cool… j’aime bien collectionner les pieces.
-bah ecoute quand je reviens a Chongqing je t’en apporte d’accord ?
-oh ouais trop cool !
-mais euh quand je reviens je vais te chercher ou ? tu habites ou ?
-bah la !
-? Place de la gare ?
-bah oui…
-mais il y a beaucoup de gens ici…
-bah tu demandes Zhangqiang !
-a qui ?
-aux dames qui vendent les journaux sur la place.
-tu as quel age Zhangqiang ?
-j’ai 12 ans…
-bon bah on fait comme ca, je t’apporte des Euros la prochaine fois que je viens... salut !
-allez salut…"
Je suis reste longtemps presque comme choque d’avoir cotoye la pauvrete de si pres et de facon si denuee. Les enfants pauvres ne cherchent pas a se cacher la face comme leurs parents qui cherchent toujours a garder une certaine dignite qui met finalement mal a l’aise parfois. J’ai trouve ce gamin noble et surtout tres touchant. Si je retourne a Chongqing un jour, je lui emmenerait des Euros c’est certain. Et j’espere que son adresse aura change et que je ne le retrouverai pas.
Croisiere dans les Trois Gorges mai 2008 troisieme jour
Alors que je faisais un reve tres beau, nous avons ete reveille par la guide alors que dans l'aube grise et blafarde nous comprenions que nous etions arrives a destination.
Nous empruntons l'ascenseur qui nous permet de monter sur la ville et c'est la que le groupe du Xinjiang decouvre qu'il se sont tous fait vole leurs portefeuilles et portables par le personnel du bateau et que celui-ci a deja quitte l'embarcadere et s'en retourne au barrage... Je crois que l'avoir joue tortue pendant toute la croisiere m'a beaucoup porte chance...
Toute la ville de Chongqing est construite sur la montagne et j'etais tres excite de decouvrir l'endroit ou Fabienne Verdier avait passe ses annees d'etude. Mais finalement je fus decu par cette ville trop moderne et trop enlaidie par un developpement trop champignonesque... Si il n'avait pas flotte sur cette ville comme un air de deja venu je n'y serai meme pas alle faire un tour. Apres ces jours de denuement et de nature total il fut tres difficile de se remettre a la vie citadine. Trouver un bus pour economiser l'argent du taxi pour me rendre a la gare situee a l'exterieur de la ville fut un calvaire... Il faisait chaud et humide, je n'avais que mes chaussures de cuir qui me font mal aux pieds, mes valises qui collaient mes habits sur mon corps, je suais deja alors qu'il n'etait que six heures du matin et pas l'ombre d'un bus dans la gare routiere... Il pleuvait continuellement et j'ai attendu sous la pluie chaude trois quarts d'heure. Le bus arrive vers 7 heures et nous emmene a travers la seule ville ou il n'y ait pas de velos. Le denivele est trop important pour que les cycles puissent y circuler. Notre coucou, c'etait un bus des annees 80, emprunte une rue raide comme on croirait qu'il n'arriverait jamais en haut... Je serais bien fort mes sacs contre mes cuisses en pensant tres fort aux freins du bus... c'est la que le dicton "ne pas avancer c'est reculer" prend tout son sens... La gare est le terminus du bus les gens qui se rendent au travail montent dans le bus, montent tellement qu'il n'y a plus de places... Et le bus repart de plus belle dans un crissement de moteur rouille effrayant. Finalement j'arrive quand meme a la gare ou je fonce acheter un billet de train. Le train pour Jinan ne part qu'apres demain. Heureusement il reste des places assises en deuxieme e. Chongqing est a trente heures de Jinan. Apres cela je decide de me trouver une petite pension pour loger la nuit qu'il me reste a passer a Chongqing. Je trouve un hotel tres rapidement dans la petite banlieue pres de la gare ou il n'y presque que ca. La tenanciere est tres avenante mais je me mefie quand meme Claude m'ayant prevenu que les Sichuanais sont mauvais. L'apres-midi, je contacte Zhangxiaoming et il m'invite a manger une casserole de feu specialite de Chongqing. Une fondue sichuanaise au piment, on y trempe des choux, du doufu, des lamelles de viande, des champignons, des gelees de riz gluant... Ce soir-la Zhangxiaoming boit beaucoup et je lui pose quelques questions sur les evenements de 1989 assez subtilement et c'est la que je decouvre que les fonctionnaires chinois ne sont pas si loyaux qu'on le croirait... Je quitte mon ami et rentre a mon hotel. Le lendemain j'ai l'equivalent d'un lavement d'intestin toute la journee a cause du piment ingurgite la veille...
Croisiere dans les Trois Gorges mai 2008 deuxieme jour
Si je n’ai rien consomme dans le bateau par contre on a consomme mes vivres… Un matin preparant mon petit dejeuner je decouvre un des mes jambons grignote a la moitie… Un rat avait fait un tour dans mon sac… Je jette le jambon entier par mesure d’hygiene et le midi, alors que je rentrais a la cabine apres une visite, je decouvre avec horreur une grosse bete noire sur la tablette au fond qui me fixe a travers ses grandes moustaches… Le rat etait revenu ! A ma vue, il saute par terre et retourne dans sa cachette. Apres examination je decouvre un trou de tuyau d’eau assez gros pour laisser sortir cette sale bete… La nuit suivante a ete hante par la pensee du retour de la bestiole.
Notre bateau n’etait pas grand luxe. Nous habitions le pont inferieur, le pont superieur 1 etait vide et le pont donnant sur la terrasse aussi. L’equipage voyant cela ne nous considerait pas beaucoup et nous n’avons jamais ete traite tres agreablement par qui que ce soit. La guide nous reveillait tous les matins a six heures pour les visites, ordre de rentrer a l’heure sinon le bateau part sans vous. Chose promise chose due c’est arrive au groupe de personnes venant du Xinjiang laissees sur le quai car elles etaient rentrees avec un quart-d’heure de retard lors de notre derniere escale a Fengdu. Comme nous venions de quitter l’embarcadere le bateau a fait demi-tour et les a recupere.
Les visites se resumaient a deux ou trois heures le matin. Ce sont les visites comprises, les visites non comprises dans le tarif du voyage etaient prevues l’apres-midi. Heureusement l’apres-midi je preferais faire une sieste et lire mes livres dans la cabine en surveillant le trou du fond…
Les visites etaient inoubliables a chaque fois, pour differentes raisons. Certaines etaient meme derangeantes pour Chinois comme pour etrangers. La visite des gorges avec explication sur la disparition de villes historiques entieres, de sites prehistoriques, de paysages magnifiques cites dans les classiques de l'antiquite laissait tout le monde un peu gene. Surtout lorsque c’etait une autochtone qui faisait les commentaires en disant que c’etait pour le pays et le developpement. Meme mes fonctionnaires n’osaient pas trop se rejouir de la reussite de ce projet…
Mais parmi ces souvenirs il y a aussi celui d’un des plus beaux levers de soleil de ma vie. C’etait le lendemain de notre embarquement. Les raies du soleil montaient secretement derriere les montagnes mais n’atteignaient pas encore la vallee humide et fraiche. Comme dans une immense chambre lorsque les premiers rayons du soleil traversent les persiennes… Le ciel etait irise de rose et de jaune, c’etait inoubliable tout simplement.
La derniere excursion de l’apres-midi m’a ete payee par Zhangxiaoming qui commencait a beaucoup m’apprecier et voulait absolument m’emmener voir la Ville des Esprits sous cette bruine presque bretonne qui recouvrait toute la vallee. Le fleuve au niveau de Fengdu est tres large et la vallee tres boueuse et verte. Un paysage a vous rendre melancolique… Par dessus ca la pluie, les nuages comme du brouillard et les bambous dans la ville des Esprits. Que demander de plus ? Le temple etait tout moussu perche sur sa montagne au milieu des bananiers, rhododendrons et autres especes tropicales… J’ai mouille mes chaussures chinoises en tissu cet apres-midi la. Apres les avoir mis dans un sachet je les ai oublie jusqu’a Jinan…
L’apres-midi se termine sur le pont inferieur a discuter avec Zhangxiaoming et a admirer les paysages typiques de la Chine du sud. Par endroits la brume montait des plans comme dans les peintures traditionnelles: Montagne en toile de fond, petits villages entoures de bambous, maisons sur pilotis a etages, buffles labourant les champs devant un chinois coquillage au bord du fleuve… De temps a autre nous passions sous l’un des nombreux ponts suspendus de la nouvelle autoroute. Puis l’ambiance devint tenebreuse et humide, la brume ne s’etait pas levee, mes calecons n’etaient toujours pas secs…
Le soir Zhangxiaoming m’a litteralement escorte sur la terrasse pour que je mange mon dernier repas avec eux, nous etions devenus copains a force de vivre avec un rat dans notre cabine et de partager nos vies pendant quatre jours… Nous ecoutions l’entrepreneur du Xinjiang raconter sa vie la-bas, puis avons assiste a une seance de karaoke. Le soir tout le monde couche tot, la guide nous annonce l’arrivee a Chongqing pour cinq heures du matin le lendemain.
















