Rencontre avec Robert Lacombe, conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France, qui nous dévoile quelques détails du prochain festival Croisements 2016.

 

Pic13- © Wang Yuanfang (1)

 

 

 

 

C’est dans son bureau de l’ambassade de France à Beijing que Robert Lacombe, arrivé en Chine en septembre 2015 pour prendre le poste de conseiller culturel, nous accueille.

Sur la table de réunion, des fascicules fraîchement imprimés pour le prochain festival Croisements. « Ce ne sont pour l’instant que les brochures pour les partenaires du festival, mais la programmation est déjà quasiment bouclée. », nous annonce-t-il.

 

Modernité et innovation…

 

Après un rapide coup d’œil à ces feuillets présentant les principaux évènements du festival, on se rend vite compte d’une certaine modernité et d’un grand éclectisme dans la programmation. Robert Lacombe nous en dit plus : « Le festival de cette année ne sera pas une commémoration comme celui de l’année dernière, pour les 10 ans. Cette année, nous avons voulu faire quelque chose de plus structuré et plus rythmé tout en restant créatif et innovant – au public de juger si nous y arriverons. Il y aura donc moins d’évènements, dans un festival plus dense ! », s’exclame-t-il.


SOUNDDANCE-11©LaurentPhilippe (1)

 

« Nous souhaitons également mieux étaler la présence culturelle française sur l’année, au lieu de la condenser sur trois mois d’avril à juin. C’est aussi pour cette raison que nous avons déplacé le  Mois franco-chinois de l’environnement en octobre, afin d’être en mesure de proposer une offre culturelle riche et qui ait du sens à l’automne. », ajoute-t-il.

 

Pas de thème particulier pour Croisements 2016, mais « une couleur dominante qui est dans la majorité axée sur la création contemporaine, la transversalité et, surtout, les collaborations franco-chinoises, pour être fidèle à l’ADN du festival». 

 

…au rendez-vous.

 

« L’innovation et la créativité ont été placées au cœur de cette édition car nous souhaitons présenter une image de la France à la fois dynamique, originale et ouverte sur les autres cultures. La programmation est bien entendu pluridisciplinaire, mais les jeunes artistes, souvent déjà très connus, y occupent une place particulière. Les nouveaux médias sont également très présents, tant il est vrai que les goûts culturels du public chinois se déploient dans une société de plus en plus façonnée par les nouvelles technologies. »

 

Au cœur de cette programmation, on trouve des évènements franco-chinois, à l’instar de cette exposition photo sur les femmes de Shanghai qui repose sur un projet de Bettina Rheims dans les années 90, l’exposition « Père et Fils » de Grégoire Korganow qui présentera des clichés de pères et de fils réalisés partout dans le monde et notamment en Chine lors d’une résidence artistique au printemps, ou encore une version chinoise de la pièce Clôture de l’amour de Pascal Rambert (l’un des grands noms du théâtre français aujourd’hui).

 

On peut également citer le Paris New York Paris du Ballet de Lorraine, le projet photographique d’Olivier Roller à Xi’an sur l’armée de terre cuite, qui met en scène les figures du  pouvoir de l’antiquité à nos jours, le spectacle chorégraphique participatif The Show Must Go On du célèbre chorégraphe Jérôme Bel,ou encore les ateliers d’arts plastiques et musique numérique d’Anne Bertier et Gaja Maffezzoli.

 PYGMALION@PIERGAB

« Dans cette programmation, il y a également de l’nclassable, et des productions plus classiques, comme le Malade imaginaire de Michel Didym ou le Mozart dans tous ses états par l’ensemble Pygmalion, mais toujours avec une démarche innovante qui fait la spécificité de l’approche française des classiques, qui y puise ses racines, mais ne s’y réduit jamais. », ajoute Robert Lacombe.

                                                                                      2 贵人迷 Bourgeois Gentihomme © Pascal Victor ArtComArt(1)

Pas qu’une vitrine

 

Pour Robert Lacombe, « Croisements n’est pas qu’une vitrine de la France. Le festival a beaucoup d’autres missions et notamment celle de permettre des coopérations entre les artistes français et chinois. Pour qu’ils s’inspirent les uns les autres. Un autre objectif est d’être présent partout en Chine, même là où il n’y a pas de représentation diplomatique française pour permettre aux Chinois de mieux connaître notre pays. Nous tenons notamment à être présent dans les villes qui sont en plein essor : Chongqing, Changsha ou encore Xi’an, et dans les villes situées sur la Nouvelle Route de la Soie. Le dernier objectif est que le public se pose des questions (y compris celles qui peuvent fâcher) : sur l’environnement, sur la société, sur l’éducation, etc... . »

 

Le festival Croisements ne se réduit pas non plus à faire des spectacles en fonction de ce à quoi le public ou les « officiels » sont habitués : « On ne fait pas un festival pour les officiels mais pour les gens, et la mission fondamentale du festival, qui est finalement celle, humaniste et universaliste, de la politique culturelle de la France, est de mettre le public en présence des grandes œuvres de l’esprit, en faisant le pari que leur fréquentation peut changer leur vie . », nous explique Robert Lacombe.

 China natinal ballet & Paris opera ballet collaboration 王崇玮拍摄 2014年5《堂吉诃德》

« Cela dit, si le festival Croisements a un sens en soi et n’est pas un faire-valoir des entreprises ou un adjuvant de l’économie, il collabore beaucoup avec les entreprises, françaises et chinoises. Celles-ci savent en effet que la qualité de la programmation est un vecteur puissant de communication, de valorisation de leurs activités mais aussi de leur responsabilité sociale. Par ailleurs, n’oublions pas que la culture est aussi une économie ! En France, un récent rapport conjoint des ministères de l'Economie et de la Culture, corroboré par une étude du cabinet privé Ernst & Young, montre que la culture contribue à hauteur de 60 milliards d'euros au PIB national..En ce sens, l’une des missions du festival est aussi de favoriser le développement de carrière des artistes français en Chine, le développement de nos industries culturelles (cinéma, musique, littérature, jeux vidéo) sur le premier marché mondial et enfin de se positionner sur un marché de l’art contemporain en pleine explosion, où les artistes français sont encore trop peu présents.. »

 

Le plus grand festival culturel étranger en Chine

 

Issu des Années croisées France-Chine 2003-2005, Croisements soutient des projets culturels qui favorisent les échanges franco-chinois.

 

« Le festival permet à la France d’obtenir une meilleure représentation à l’étranger et de diffuser sa culture, mais permet aussi aux Chinois d’accéder à des spectacles qu’ils n’auraient pas l’occasion de voir en Chine si le festival n’existait pas. Croisements enrichit donc également la saison culturelle chinoise et diversifie le panel de spectacles et d’évènements des Chinois. »

 

Avec plus de 2 300 000 spectateurs l’année dernière, le festival Croisements se place comme le premier festival culturel étranger de cette envergure en Chine. L’année dernière, près de 210 évènements ont eu lieu dans 31 villes chinoises et 110 programmes ont été présentés. C’est dire la taille et l’influence de ce que les Chinois appellent désormais en mandarin « le Printemps sino-français ».