Les Chinois aiment de plus en plus les croisières. Depuis Tianjin, Shanghai, Xiamen ou encore Hong Kong, ceux-ci s'en vont vers les horizons peu lointains de l'île Jejudo en Corée du Sud, le Japon, Manille ou encore Singapour sur les plus beaux paquebots des armateurs occidentaux. Bienvenue à bord !

 

Oh hé, oh hé matelot ! Chine en vue ! Voilà ce que se sont dit les armateurs internationaux comme Royal Caribbean International, Carnival Cruise Line ou encore Norwegian Cruise Line car depuis 2010, les croisières ont la cote auprès des Chinois et de nombreux voyagistes chinois tel Qunar, Ctrip ou encore Tuniu se sont lancés dans la vente de croisières, en Asie et ailleurs dans le monde.

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Presque inexistantes il y a quelques dizaines d'années alors que la Chine possède de grands ports ralliés régulièrement par les grands paquebots des compagnies européennes à l'époque de l'avant-guerre, les croisières « se remettent à flot » et conquièrent de plus en plus de touristes chinois.

 

À l'abordage !

 

D'après les chiffres de la CLIA (Cruise Lines International Association), ce sont les Américains qui sont le plus friands de croisières (ils représentent 50 % du marché) mais le nombre de Chinois à avoir fait une croisière a connu une progression annuelle de près de 80 % de 2012 à 2014. Ce potentiel du marché des croisières en Chine et en Asie a amené plusieurs grandes compagnies de croisiéristes à y ouvrir des bureaux, à Shanghai, Tianjin, Xiamen ou encore Hong Kong dont l'ancien aéroport a même été transformé en quai d'embarquement.

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Pour Arnold Donald, PDG de Carnival Cruise, la Chine va certainement devenir le marché le plus important de la croisière au monde. La compagnie Costa, gérée par Carnival, est d'ailleurs la seule à proposer depuis 2015 un tour du monde à partir de Shanghai en 28 destinations et 86 jours. Carnival est également la seule compagnie à posséder 5 bureaux dans le pays et à s'être lancée dans la construction de paquebots de croisières en Chine.

 

Les armateurs ne font pas qu'y installer des bureaux, ils y déplacent également une partie de leur flotte, car le marché asiatique, plus prometteur et plus stable, permet de contrecarrer les instabilités du marché euro-américain sujet aux fluctuations économiques.

 

La compagnie norvégienne Norwegian Cruise Line met le paquet en faisant carrément construire des bateaux spécialement pour le marché chinois. Les prestations à bord : casinos, spectacles et boutiques à bord seront « customisés » selon les goûts des touristes chinois et les restaurants proposeront une carte adaptée à leur palet.

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Auparavant, les croisiéristes envoyaient leurs plus anciens bateaux en Asie, un peu pour tester le marché, et s'alliaient avec des compagnies locales incapables de fournir des services dignes de ce nom à leurs touristes. Cependant, cette époque semble révolue. Costa a récemment envoyé deux de ses plus gros bateaux : le Serena (3 700 passagers) et le Fortuna en Asie, devenant l'armateur avec la flotte la plus importante en Chine suivi de la Royal Caribbean qui a, elle, ajouté cinq bateaux à sa flotte en Asie et mise même sur un de ses bateaux les plus neufs et les plus prestigieux : le Quantum of the Seas pour attirer une clientèle attirée par le luxe et le neuf.

 

Des touristes désireux de nouveauté

 

D'après une étude, les touristes chinois ont un profil différent des touristes européens ou américains dont la moyenne d'âge dépasse généralement les 50 ans. Les touristes chinois, très friands d'activités et de shopping pendant leurs vacances, sont dans une moyenne d'âge qui commence à 30-40 ans et va jusqu'à 60 et après. 4 passagers sur 10 ont moins de 40 ans. Les paquebots de croisières proposent à bord activités ludiques, casinos, spectacles, jeux de table et autres boutiques qui plaisent aux touristes chinois peu friands du farniente ou de la bronzette sur le pont.

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La possibilité de profiter d'exemption de visa pour les touristes en croisière vers le Japon et la Corée du Sud est également un avantage qui plaît.

 

Les croisières plébisicitées par les Chinois ne sont pas des tours du monde de 30 jours ni des croisières sur la côte Est des États-Unis (même si elles sont proposées mais restent très au-dessus du budget vacances d'une famille chinoise de classe moyenne), mais plutôt des tours d'Asie avec des escales dans les pays limitrophes : Japon, Corée du Sud, Vietnam, Philippines, Malaisie, et ne durent jamais très longtemps : en moyenne quatre jours. D'une part parce que les vacances chinoises ne permettent pas de faire de longues croisières, mais aussi parce que les Chinois avides de découvertes et d'activités font des croisières un peu comme on ferait un tour d'hélicoptère : pour essayer et pour profiter des exonérations de taxe dans certains ports notamment en Corée du Sud et au Japon où près de trois escales sont dédiées au shopping.

 

Ports en eaux peu profondes

 

Même si le marché chinois des croisières paraît très prometteur, il montre encore quelques faiblesses typiques des marchés émergents : peu de touristes chinois achètent des croisières longue distance et les compagnies doivent donc privilégier les croisières courte-distance entre Chine-Corée du Sud-Japon au départ de Tianjin et se lancer dans une guerre des prix et de la communication pour attirer les clients et les faire revenir.

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Les croisiéristes chinois, surtout des jeunes cadres en dessous de la quarantaine ont des revenus ne leur permettant que de profiter de courtes vacances à bas prix au contraire des retraités américains ou européens, s'offrant de longues croisières plus chères et où ils dépenseront plus sur le bateau pendant le séjour.

 
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Les touristes chinois connaissent également quelques déconvenues avec ce nouveau style de voyage qui possède déjà ses codes et ses règles. En effet, dans les règles du tourisme de croisière, le paquebot est considéré comme la destination finale. Or les escales, elles, peuvent changer en fonction des aléas climatiques ou de l'encombrement du port de destination. Alors quand certaines compagnies décident de changer leur itinéraire pendant un voyage à cause d'un typhon ou d'un aléa climatique de « force majeure », certains croisiéristes, qui voient encore le paquebot comme un moyen de transport qui vous amène d'un point A à un point B, ont du mal à digérer le changement de programme et demandent à être remboursés à la compagnie d'armateur ce qui n'est pas toujours possible car celles-ci ne s'occupent pas forcément des réservations qui sont en fait dans le giron des voyagistes.

 

Les agences touristiques ou les sites Internet de voyagistes eux, ne prennent pas non plus forcément leurs responsabilités, et certains clients, mécontents, ont du mal à se faire rembourser d'une croisière qui a fait « naufrage » en Corée du Sud au lieu du Japon par exemple.

 

L'offre de croisière reste trop élevée par rapport à la demande des touristes chinois qui privilégient tout de même l'avion pour les voyages à l'étranger et l'afflux soudain de toutes ces compagnies d'armateur dans les eaux chinoises et asiatiques a créé un tangage du marché avec une bataille des prix visant évidemment à couler les concurrents.

 

Les bateaux des compagnies de croisière sont réservés très à l'avance par les voyagistes. Le prix de revient d'une cabine équivaut environ à 4 000 yuans, mais la demande n'arrivant pas au niveau de l'offre, les voyagistes sont obligés de

« saborder les prix » pour attirer les clients et éviter de payer les pénalités si toutes les cabines du bateau ne sont pas louées une semaine ou deux avant le départ suivant les compagnies. D'où des prix défiant toute concurrence : 999 yuans pour une croisière de 4 jours/5 nuits depuis Tianjin jusqu'à Pusan en Corée du Sud en passant par l'île Jejudo. L'équivalent du prix d'un billet de train aller-retour Beijing-Shanghai.

 

Pour toutes ces raisons, le marché chinois des croisières n'en est encore qu'au stade émergent et prometteur. Mais tiendra-t-il ses promesses, les compagnies d'armateur sauront-elles éviter les écueils et les récifs et réussir leur traversée du marché chinois « en tâtant les cailloux »? L'avenir le dira.