Difficile de ne pas les remarquer, où que vous soyez, ils sont là. Les touristes chinois, grands absents du tourisme mondial il y a quelques années, y ont pris la place qui leur est due, et sont même parfois devenus une véritable manne pour certains pays et certaines branches du secteur.

Tout le monde veut surfer sur la vague du tourisme chinois à l’étranger. Depuis une grosse dizaine d’années, le tourisme chinois connaît une expansion sans précédent qui -il faut le reconnaître- en allèche plus d’un. En comparaison avec la Chine, les vagues de touristes japonais des années 2000 n’étaient en fait que des « vaguelettes » quand on voit le raz-de-marée chinois qui a lieu actuellement partout dans le monde.

Le passeport chinois

Il y a encore quelques années, les touristes chinois étaient invisibles. Leurs voisins les Japonais étaient « maîtres du monde », reconnaissables à leurs fiers bobs et leurs appareils photo à la descente du car au Mont Saint-Michel, à Buckingham Palace ou encore devant la porte de Brandebourg. Ils faisaient le tour de l’Europe en trois jours et étaient souvent moqués par les « autochtones » pour cette façon étrange de voyager.

Le débarquement chinois

Aujourd’hui, ce sont les touristes chinois qui « amusent » la galerie, car ils ont depuis quelques années, complètement supplantés les autres touristes des autres pays asiatiques sur les cinq continents. En effet, d’après les chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme, la Chine est aujourd’hui le premier marché émetteur au monde, et enregistre chaque année depuis 2004 une croissance à deux chiffres des dépenses touristiques.

D’après VisitBritain, organisation du tourisme au Royaume-Uni, le volume de touristes chinois au Royaume-Uni a connu une augmentation de 40 % pendant les neuf premiers mois de 2015. Les touristes chinois ont dépensé un total de 435 millions de livre sterling l’an dernier, soit une croissance de 4 % par rapport à l’année précédente. La Chine compte pour un quart des dépenses totales des touristes au Royaume-Uni.

La queue des touristes chinois devant une enseigne Louis Vuitton.

D’après les chiffres de l’OMT, les dépenses des voyageurs chinois ont augmenté de 25 % en 2015 pour atteindre 292 milliards de dollars. Quant au nombre total de voyageurs à l’étranger, il a augmenté de 10 % pour se situer à 128 millions de touristes chinois. Avec une population de 1,3 milliards d’habitants, on peut en déduire qu’il reste encore « un peu » de marge.

Les statistiques chinoises disent la même chose : l’Institut chinois de recherche sur le tourisme comptabilise 120 millions de touristes chinois à l’étranger, dont le total des dépenses représente 104,5 milliards de dollars, soit une croissance de 12 et 16,7 % par rapport à 2014. Ce qui laisse présager des chiffres encore plus importants pour 2016 malgré le ralentissement de l’économie chinoise.

Le touriste chinois, un gros poisson

Tout le monde est donc d’accord pour dire que le tourisme chinois est en plein boom, et que ni la dépréciation du yuan ni le ralentissement de la croissance chinoise ne sauraient assombrir le beau fixe du tourisme chinois. Les pays, les villes, les offices de tourisme étrangers se déplacent jusqu’en Chine pour y attirer les touristes chinois, qui avec leurs dépenses, représentent une véritable manne que tout le monde aimerait bien attraper dans son filet. Car le touriste chinois est « nombreux », il dépense beaucoup, et fait tourner l’économie locale.

Opérations séduction à la clé, certains pays, les États-Unis les premiers, ont facilité les procédures de visa pour les Chinois. Dès 2012, l’administration Obama a déclaré accorder des visas de tourisme valables cinq ans aux touristes chinois. Judicieuse et juteuse idée, puisque les touristes chinois rapportent aux États-Unis quelques 20 milliards de dollars par an. En 2014, annonce de la France : les visas tourisme pour les Chinois seront faits en 48 heures. Aujourd’hui, ils sont octroyés en 24 heures et les visas biométriques sont valables cinq ans.Anne Hidalgo rencontre l'ambassadeur de Chine en France.

Tout semble s’être simplifié pour mieux chouchouter les touristes chinois qui rapportent des millions aux pays qui les accueillent. Billets d’avion, nuitées à l’hôtel, tickets d’entrée, achats, restauration. Les touristes chinois sont parmi les plus dépensiers avec les touristes américains et japonais. Il n’est pas rare d’en voir dépenser plusieurs milliers d’euros lors de séances shopping dans les grands magasins de Paris ou de Londres. Ce qui a même valu au yuan chinois le surnom de « livre pékinoise » pendant les JO de Londres. Par exemple, la moyenne des dépenses d’un touriste chinois pendant son séjour en France est de 5400 euros. Un peu moins de la moitié de ces dépenses sont dédiées au shopping.

Des touristes visiblement éreintés par une séance shopping de luxe.

Le shopping est l’activité préférée des visiteurs chinois : shopping des marques de luxe, des grands magasins, des boutiques indépendantes passe bien devant les visites culturelles. Pour satisfaire la fièvre acheteuse des touristes chinois, les capitales européennes sont bien parées : Galeries Lafayette, Mark&Spencer, les grands magasins parisiens et londoniens font le bonheur des Chinois qui peuvent y passer la demi-journée. Ces enseignes, symboles de prestige et de réussite sociale pour eux, font tout pour cajoler leurs clients chinois : vendeurs sinophones, guides pratiques en chinois, possibilité de payer avec une carte bancaire chinoise… Tout est là pour faire le touriste chinois dépenser et remplir les caisses. Tout le monde y trouve son compte.

Mais qui est le touriste chinois ?

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En dehors de la caricature du gros richard qui dépense son argent comme s’il l’avait gagné au loto, qui est le touriste chinois ? Le connait-on vraiment ? Non. La plupart des acteurs du tourisme : offices de tourisme, structures hôtelières, guichets des musées, restaurateurs, ne connaissent pas leur client chinois. Celui-ci leur paraît « bizarre » : il veut une bouilloire dans sa chambre, il fait la moue au croissant au beurre, il n’a que faire de votre baguette et préfèrerait les siennes…

Le touriste chinois reste un mystère pour beaucoup de professionnels du tourisme français. Car leurs habitudes de vie, de voyage sont totalement différentes de celles des autres touristes qu’ils connaissent un peu mieux. Les Chinois sont arrivés comme un raz-de-marée et l’on n’a pas eu le temps de se préparer à leur débarquement. En plus, en quelques années seulement, leur profil a complètement changé.

Des touristes chinois en Suisse.

Aujourd’hui, les touristes chinois font preuve d’une grande diversité, difficile donc de bien cerner son client. On trouve des « débutants de l’Europe », dont c’est le premier voyage hors d’Asie, des repeaters (personne dont c’est la deuxième ou troisième fois), on trouve des globe-trotters, des couples de jeunes cadres des grandes villes, des couples de villes moyennes, des retraités, des familles. Ils passent par des tours opérateurs, mais aussi par des sites internet chinois de voyage et voyagent parfois sans guide. La plupart ne parle pas bien anglais.

Les touristes chinois sont pressés et « papillonnent ». Ils ne restent jamais plus de deux jours dans le même lieu. Ils aiment bien le culturel, mais pas trop, le shopping, mais pas trop. Leurs exigences sont grandes et d’autant plus grandes qu’ils sont de plus en plus riches. Malheureusement, certains croient que l’argent permet tout, et notamment d’être malpoli. Les manières de certains font frémir de rage certains réceptionnistes ou patrons de restaurant qui ont du mal à supporter leurs crachats, égosillements ou autres raclements de gorge. Mais la Chine a pensé à tout : il existe un guide de bonne conduite à destination des voyageurs à l’étranger et les touristes dont on s’est plaint sont placés sur une liste noire pour ne pas salir l’image du pays à l’international.

Le guide du touriste chinois

Le taichi touristique

Alors quand on veut accueillir des touristes chinois, on se met au « taichi touristique ». C’est-à-dire que l’on essaie d’être souple, flexible et de se tordre en quatre. Les pays qui accueillent des Chinois essaient de plus en plus de proposer une offre adaptée à ce type de touristes. Le personnel sinophone est de plus en plus demandé, et l’on essaie au maximum de faire que le touriste chinois se sente comme chez lui.Affiche de la ville de Lucerne en chinois.

Les tours opérateurs proposent des restaurants chinois pour la restauration en complément des brasseries et restaurants typiques. Ils proposent également des services de voitures pour éviter aux touristes chinois de marcher trop, car ils sont peu adeptes de ce moyen de locomotion.  

Les grands hôtels parisiens s’adaptent en proposant des petits déjeuners salés, du thé chaud, en arrangeant les chambres de sorte qu’elles soient Feng shui, évitent d’installer les clients chinois au quatrième étage (synonyme de mort en chinois) et font traduire toutes leurs brochures, de la présentation de l’hôtel jusqu’au manuel du coffre-fort et d’utilisation du service repassage.

De plus en plus, on trouve des brochures en langue chinoise dans les lieux touristiques. Même le château de Versailles, dont la présidente était en visite à Beijing en mai dernier, s’y est mis et possède un compte public WeChat. La police romaine était « équipée » de policiers chinois cet été pour faciliter les visites des touristes chinois. La police du VIIIe arrondissement de Paris a engagé des étudiants en langues asiatiques pour accompagner les touristes sur les Champs-Elysées.

Le compte public WeChat du château de Versailles.

Quelques nuages persistent sur les vacances des touristes chinois à l’étranger. La sécurité notamment, car ils sont souvent la cible des pickpockets qui croient qu’ils portent beaucoup de cash sur eux. Ils sont également victimes plus ou moins consentantes des tours opérateurs véreux -souvent eux-mêmes chinois- qui profitent de leur ignorance du pays et des prix locaux pour les arnaquer.

Mais cela n’entame pas l’enthousiasme des Chinois qui continuent à voyager partout à l’étranger, pour éviter la cohue des vacances chinoises dans leur propre pays. La France est leur résidence secondaire en Europe avec plus de la moitié des séjours en Europe qui se terminent par Paris où près de 300 000 Chinois séjournent dans les hôtels parisiens chaque année.

On pourrait croire qu’ils sont en train d’envahir le monde, en fait, ils ne font que l’enrichir.