Du 25 au 27 mai dernier, la première édition du Forum culturel franco-chinois s'est tenue à Beijing. Une grande première qui marque le début d'un nouveau type de dialogue culturel entre la Chine et la France. Rencontre avec Christine Cayol, fondatrice d'YISHU 8 (Maison des arts) et organisatrice du forum.

002564c15e8718b739710f

C'est à YISHU 8, centre culturel et résidence d'artistes, installé dans l'ancienne université franco-chinoise de Beijing que nous avons rendez-vous pour parler de l'évènement. « Ce forum a un peu été un "Davos de la culture", 3 jours qui ont permis à des hommes et à des femmes chinois et français, du monde de la culture, du milieu politique mais aussi des entreprises, de se rencontrer, pour réfléchir ensemble à une approche culturelle du monde et des échanges. Le forum n'a aucun but commercial, il est gratuit et repose sur du mécénat pour permettre un véritable échange humain, qui potentiellement peut déboucher sur des projets », nous explique Christine Cayol.

Le forum s'est tenu dans la capitale chinoise pour sa première édition. « Le but final est que le forum se pérennise et ait lieu tous les ans en alternant une fois en Chine, une fois en France. La prochaine édition devrait d'ailleurs avoir lieu à Lyon. On espère qu'à l'avenir, on pourra l'étendre à l'Europe », dévoile-t-elle. L'ambassade de France à Beijing est partie prenante et a été d'un grand soutien dans la réalisation de cette action de grande ampleur.

Une Route de la Soie culturelle

L'idée a été lancée en mai 2015 : « Au départ, ce devait être un dialogue sur la nouvelle stratégie de la Route de la Soie organisé par Jean-Pierre Raffarin, qui préside la Fondation Prospective et Innovation, et Chen Zhu, le président de l'Association chinoise des anciens élèves à l'étranger (WRSA : Western Returned Scholar Association) qui sont eux aussi organisateurs du forum. Finalement, le projet a pris plus d'ampleur et nous avons réussi à réunir une délégation d'à peu près 80 personnalités françaises dont des directeurs d'institutions culturelles, des personnalités politiques, des directeurs d'entreprises ou encore des architectes et des artistes », détaille Christine Cayol.

Et ce sont près de 500 Français et Chinois qui ont participé à l'inauguration menée par Patrick de Carolis, président du musée Monet et l'architecte Paul Andreu, le 26 mai au Grand Palais du Peuple situé à l'ouest de la place Tian'anmen à Beijing. Parmi les participants au forum, des présidents de musées français, dont la présidente du musée du Palais de Versailles, des chefs d'entreprises dont Guerlain, Hermès, et des personnalités politiques comme Anne Hidalgo, la maire de Paris, Gérard Collomb, le maire de Lyon et Jean-Marie le Guen, secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement.

S'en sont suivies 6 tables rondes organisées dans les murs de la WRSA et de l'ancienne université franco-chinoise de Beijing où est installé YISHU 8. Ces discussions ont rassemblé des personnalités françaises et chinoises autour de thèmes tels que le patrimoine culturel, le soft-power des institutions culturelles, l'entreprise et le mécénat, la culture et la ville ou encore le design, la création, ainsi que la relation entre l'artiste et la production.

La compréhension culturelle au centre des débats

Le thème de cette édition était « La culture, un chemin vers soi, un chemin vers l'autre ». « Presque mot-pour-mot la devise de l'écrivain sinologue Victor Segalen : "Seul celui qui est capable de sortir de lui-même est capable d'y retourner. " La clé du forum était le dialogue culturel. Cela a permis aux gens présents de se rendre compte de la différence de l'autre et de mieux se comprendre. Les projets entre la France et la Chine, qu'ils soient économiques, culturels, financiers ou autres, peuvent avoir une approche culturelle qui permet de mieux travailler entre Français et Chinois. Les Français, qu'ils soient du monde politique, économique ou culturel, ont besoin de mieux comprendre la Chine pour travailler avec elle. Tout comme les Chinois, qui ont tout intérêt à mieux appréhender la France pour y faire des affaires ou y monter des projets », nous explique Christine Cayol.

Si les relations franco-chinoises ont beaucoup évolué sur le côté économique depuis leur création, la tendance est aujourd'hui à la compréhension culturelle dans un but humaniste et aussi pour mieux développer les relations économiques souvent obstruées par une incompréhension ou des malentendus culturels.

« Je pense qu'une approche culturelle que ce soit dans la politique, les affaires est un plus, voire une nouvelle voie que beaucoup sont en train d'emprunter, c'est une autre manière de faire du business que le "business is business". Pendant le forum, les participants ont pu échanger sur des thèmes culturels mais pas seulement. Le but des tables rondes était aussi de déboucher sur des projets concrets. Le thème du forum est là pour favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle par la culture et l'histoire de chacun. Je pense vraiment qu'on peut faire du business et des projets avec une approche plus culturelle, c'est une véritable clef », explique Christine Cayol.

« C'est pour cette raison que le forum est multidisciplinaire. Le but est d'aider toutes ces personnes à mieux échanger et de façon plus sensible et plus en profondeur. En passant par l'art, on a toujours une approche plus sensible des choses. Je considère que les artistes français et chinois sont comme les « nouveaux nomades » de la Route de la Soie. Par exemple les jeunes artistes que nous accueillons en résidence à YISHU 8 sont très attentifs aux autres, à la culture de l'autre. Ils sont sensibles à tout, et très réceptifs à la singularité de la ville où ils évoluent. Cela fait parfois évoluer leurs projets. Le but est donc de passer par l'art et la culture pour faciliter la compréhension des peuples, des pays, de l'histoire de chacun et de lier tout cela à un travail concret, au business et aux projets. Une table ronde a d'ailleurs été consacrée à une discussion sur le rapport entre l'entreprise et l'art, l'artiste et la société qui est une question importante en Chine comme en France actuellement. »

Les nouveaux enjeux de la culture

Parmi les différentes tables rondes du forum, une était consacrée au soft-power des institutions culturelles : « Je pense que c'est un sujet d'importance pour la Chine d'aujourd'hui. Celle-ci est en train de devenir une puissance culturelle en plus d'une puissance économique et financière. Mais la Chine fait peur, et là est tout l'enjeu : le soft-power est une sorte d'influence culturelle qui se différencie de l'impérialisme culturel par une stratégie culturelle plus fine que le forcing. C'est pour cela que nous avions organisé un dialogue pour parler de cet enjeu et des stratégies mises en place depuis les années 80 en France par les institutions culturelles pour renforcer leur influence et leur image à l'international », développe Christine Cayol.

Une autre table ronde était consacrée à la responsabilité sociale des entreprises et au mécénat. La Chine possède beaucoup des plus grandes entreprises mondiales, mais il n'existe pas encore vraiment de tradition de mécénat, et la responsabilité sociale est une notion encore assez nouvelle en Chine : « Les fondations d'entreprises sont de plus en plus nombreuses en Chine. Qu'attendent les entreprises de ces missions de mécénat et quel est le rôle des artistes dans ce domaine est une question à laquelle nous avons pu réfléchir avec le concours de grandes fondations d'entreprises françaises comme la Fondation d'entreprise Hermès ou encore le groupe Guerlain et la fondation chinoise Laoniu ou encore le groupe Zhongkun. »

Le forum a donc permis de créer une nouvelle dynamique autour des relations franco-chinoises, avec un nouvel angle de vue plus large et plus innovant. « Nous avons voulu ce forum comme un échange d'humanistes, pas de spécialistes, pour qu'il ait autant un côté concret qu'abstrait et surtout que ce soient des échanges humains qui rapprochent pour non seulement faire plus de choses ensemble mais les faire mieux. Enfin il s'agit là d'un bel exemple de réalisation interculturelle qui a fait coopérer trois équipes : celle de la fondation Prospective et Innovation (basée à Paris), celle de WRSA et celle d'YISHU 8 », conclut Christine Cayol.