Depuis le début du printemps, dans 23 écoles de Beijing, des potagers ont fleuri. Les écoliers de la capitale se mettent au vert tout en espérant recevoir les lauriers du meilleur potager. Un projet porté par Tristan, Benjamin, Marion et Amanda, amoureux de la Nature et fiers de partager un peu de leur passion avec les écoliers chinois.

Les élèves doivent s'occuper eux-mêmes du potager tous les midis.

« On souhaite permettre aux élèves des écoles primaires de la capitale de faire une activité manuelle et de mettre les mains dans la terre. Ils vivent dans un milieu très urbain et n’ont pas souvent l’occasion de côtoyer les plantes et la Nature. », nous explique Tristan Macquet, un des porteurs du projet Jardins d’enfants.

Depuis janvier, ce sont près de 23 écoles chinoises et le lycée français de Beijing, qui se sont lancées dans l’aventure imaginée par Amanda Galsworthy et Marion Lespine. « Au départ, c’était un projet qui devait être fait à l’ambassade de France : créer un potager, travailler sur une dynamique d’agriculture urbaine et faire de l’éducation par la Nature. Mais c’était assez restreint, donc Amanda et Marion nous ont contactés pour voir s’il serait possible de mettre un projet en place dans des écoles primaires chinoises. »

Tristan est professeur de SVT au lycée international et s’intéresse de près à la problématique de l’agriculture biologique et de l’environnement en Chine depuis ses études à l’université Tsinghua.

Le projet a démarré en octobre 2015 et les inscriptions ont eu lieu en janvier 2016. Les kits pour les potagers ont été livrés par Limagrain, l’entreprise où travaille Marion, en mars : terreau, graines, semoirs, outils et fertilisant. « Certaines écoles ont vraiment mis le paquet : elles ont acheté des semoirs dignes de ceux des centres de recherche, d’autres ont vraiment aménagé un espace avec des chemins dallés, des pergolas et des bacs en bois. Le but n’est pas de créer un super potager “high-tech” ni d’avoir les plus gros légumes de toute la ville. En fait, c’est une compétition où tout le monde va gagner. En juin, une réception sera organisée à l’ambassade de France et la remise des prix aura lieu dans une ferme à l’extérieur de Beijing. Chaque école aura un prix différent pour encourager les élèves et les professeurs. Le but est vraiment de sensibiliser les enfants à la Nature. »

 

L’éducation par la Nature

 

Pour nous montrer l’état du projet, Tristan nous emmène dans une école de quartier près du Temple du Ciel : l’école primaire affiliée à l’école normale nº1 de Beijing. Le potager est installé à l’arrière de l’école et fait près de 30 m².

« On a 8 classes qui se relayent pour s’occuper du potager, soit 50 élèves. », annonce Mme. Liu à Tristan. C’est elle et M. Tang qui s’occupent du projet. « On se sert du potager pour les cours de sciences, pour apprendre aux élèves la vie des plantes. On s’en sert aussi en cours de technologie pour leur apprendre les techniques de plantation. On leur fait planter, arroser, désherber le potager en cours de pratique. », ajoute-t-elle.

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Dans le potager : des tomates, des courgettes, du choux chinois, des potimarrons, des concombres, des aubergines, des pastèques… « Oh ! Un poireau ! », s’exclame un gamin occupé à arroser pas loin. Les autres rappliquent pour admirer la découverte : un poireau vient de germer.

« Et ça, on enlève ? », demande un autre élève en désignant une plante qui pousse entre les rangs. « Si c’est une mauvaise herbe, oui, sinon, tu laisses, on la repiquera. », lui répond Mme. Liu.

« L’année dernière, on avait déjà planté deux trois trucs, explique M. Tang, mais ça n’avait pas l’ampleur que ça a maintenant. On ne prend que les élèves de 3e et 4e année pour ce cours, mais certains reviennent en 5e année parce qu’ils aiment ça. Ils nous aident à arroser et à désherber. Le taux de survie des plantes n’est pas très bon. Les élèves n’ont pas encore la technique. Nous on ne fait que les encadrer, on ne triche pas : si ça marche, ça marche, sinon, tant pis, on fera mieux l’année prochaine. », nous confie M. Tang, le professeur de technologie.  

 

« Ce qui est bien dans cette école, c’est que le potager est vraiment fait par les élèves. Alors évidemment, tout ne pousse pas bien, il manque des plaques pour indiquer les noms des légumes mais d’ici juin, ils auront le temps de bien mettre en place le jardin. », nous fait remarquer Tristan qui effectue en fait une visite de contrôle. « On passe trois fois dans les écoles : une fois pour remettre les kits et expliquer le principe du concours, une deuxième fois pour vérifier que tout se passe bien et voir les projets mis en place par l’école, et une troisième fois en juin pour donner une note et voir l’aspect final du jardin. Chaque école doit rendre un rapport présentant le projet et les créations autour du jardin : pots décorés, livre de recettes de cuisine avec les légumes du jardin etc. Un prix sera remis à chaque école en fonction de la particularité du jardin : prix de la plus grosse courgette, ou bien jardin le plus fleuri, etc. », explique-t-il.

 

Un jardin pédagogique 

"Pas de triche ! On arrose nous-mêmes !"

« L’avantage d’utiliser un potager pour la pédagogie c’est qu’on peut s’en servir pratiquement pour tous les cours, du latin jusqu’aux mathématiques. Je m’en sers pour les cours sur les plantes et la Nature en SVT, le professeur de maths s’en sert pour faire calculer des aires, faire de la géométrie du potager. Le professeur d’anglais fait apprendre les noms des légumes en anglais aux élèves. En cours de latin, ils apprennent le nom scientifique des légumes et des plantes. C’est vraiment un très bon outil pédagogique. », explique Tristan.

Mme. Liu et M. Tang nous expliquent que l’eau utilisée pour arroser le potager vient du système de récupération d’eau de pluie installé sur le toit de l’école. « On a aussi des panneaux solaires sur le toit et des éoliennes. On utilise l’eau de pluie récupérée pour arroser. Cela permet aux élèves d’avoir conscience qu’il faut économiser l’eau et mieux connaître le cycle de la Nature de façon concrète et appliquée. »

Le système de récupération des eaux de pluie de l'école.

« L’avantage de ce projet, c’est qu’il rend la problématique de l’environnement moins abstraite. La conscience du problème n’en est qu’à ses débuts ici. L’agriculture biologique demande des investissements énormes pour les paysans, et les jeunes Chinois ne sont pas trop dans la mouvance retour à la Nature comme en France. Être paysan en Chine c’est assez réducteur. Alors, sensibiliser un public chinois jeune et urbain à la problématique de l’environnement et de l’agriculture biologique a une portée très significative. Quand on voit comment les professeurs, les enfants sont contents de voir leurs légumes pousser, sans engrais ni autres produits nocifs, et qu’ils peuvent les manger sans soucis, ça fait plaisir. », explique Tristan.

« Grâce à ce concours, on peut réconcilier deux visions de l’environnement : protéger l’environnement et se protéger en mangeant des produits venant d’un environnement sain. On peut également favoriser des projets comme l’agriculture verticale ou d’autres types d’agriculture qui pourraient être mises en place dans les villes chinoises. » conclut-il.